LES MAISONS D'ÉCOLE DE LAVOUX

Publié le

Au début du XIXème siècle, l'institution des maisons d'école ("l'école dans la maison de l'instituteur") a été la première étape de la scolarisation des enfants de Lavoux. Et cela avant la construction de la mairie-école actuelle commencée en 1882 et que beaucoup de lavousiens ont fréquentées et que fréquentent encore aujourd'hui les plus jeunes.

C'est de la connaissance de la mise en place de ces deux maisons d'école à Lavoux, que tente de relater cette brève d'histoire.

Le 7 août 1830 le régime de la Monarchie de juillet est établit par la charte constitutionnelle dite de 1830 et LOUIS PHILIPPE 1er devient roi des français. Cette charte de 1830 dans son article 69 prévoit qu'une loi portera sur "l'instruction publique et la liberté de l'enseignement" dans le plus court délais.

Le 16 janvier 1832, une délibération du conseil municipal de Lavoux précise : "Les membres du conseil municipal désireraient avoir un instituteur pour apprendre à lire, écrire à la jeunesse et pour leur donner de l'éducation. S'il y avait lieu que le gouvernement paye l'instituteur, les habitants de la commune paieraient un loyer de maison, les membres du conseil ne pouvant point promettre autre chose parce que nous connaissons la faculté de nos bons habitants, très fatigués de ne pouvoir à peine payer leurs impositions, vu qu'il y en a plusieurs qui ont été obligés de vendre leurs effets mobiliers pour payer leurs impositions foncières et mobilières et portes et fenêtres. Les membres du conseil supplient Monsieur le Préfet d'avoir égard à notre commune...."

Le 28 juin 1833 est promulguée la loi Guizot sur l'instruction primaire. Son premier article précise : "l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française, le calcul et le système légal des poids et mesures" sont indispensables.

Elle exige que chaque commune de plus de 500 habitants crée et entretienne au moins une école primaire. La commune de Lavoux, ayant absorbée la commune de Liniers par ordonnance royale du 8 décembre 1819, compte à cette époque 707 habitants ; elle est donc concernée. (La commune de Liniers redeviendra commune distincte le 11 octobre 1869.

LES MAISONS D'ÉCOLE DE LAVOUX

Les articles 12 et 25 de la dite loi précise : "Il sera fourni à tout instituteur communal :

1) un local convenablement disposé, tant pour servir d'habitation, que pour recevoir les élèves

2) un traitement fixe, qui ne pourra être moindre de 200 francs pour une école primaire élémentaire

3) il y aura dans chaque département une ou plusieurs commissions d'instruction primaire chargées d'examiner tous les aspirants aux brevets de capacité pour l'instruction primaire, élémentaire et supérieure et qui délivreront les dits brevets sous l'autorité du ministre. Ces commissions sont également chargées de faire les examens d'entrée et de sortie des élèves de l'école normale primaire".

Les 25 articles du texte ne concernent que l'instruction primaire des seuls garçons.

Le 28 janvier 1834, le conseil municipal de Lavoux fait une demande pour "trouver un instituteur" et inscrit dans son budget, une provision de 115 francs pour sa rémunération. Il en sera votées jusqu'à son arrivée.

Le 6 mai 1837, un instituteur est affecté à Lavoux. Il s'agit de DAVID Pierre Léon, né à Bourg sous Bourbon en Vendée (commune aujourd'hui absorbée par la Roche sur Yon). Il dispose du certificat de moralité et de capacité.

Le 6 août 1837, le conseil municipal vote un budget de 200 francs pour le matériel d'école.

Le 6 décembre 1837 : Le Maire de l'époque, Monsieur BRISSONNET, soucieux de trouver un logement pour l'instituteur s'adresse à Monsieur le Préfet en ces termes :

"J'ai l'honneur de vous demander de convoquer les membres du conseil municipal de Lavoux extraordinairement, à savoir pour acheter un presbytère et une maison d'école pour loger notre instituteur à cause que la maison de Monsieur DELATTRE se vendra au commencement de janvier prochain..."

Le 19 janvier 1838 à la lecture du compte rendu du conseil municipal, nous constatons que le choix de la maison d'école dans la maison noble du bourg de Lavoux, vendue par Monsieur DELATTRE (appelée le château à l'époque) n'a pas été retenu. C'est la maison du Sieur Jean JABOUIN qui a été louée pour servir de maison d'école après réparations. Elle se situait au niveau du numéro 4 de la rue de Saint Julien l'Ars, parcelle D87 et D88 du cadastre de l'époque. (L'école aura lieu dans cette maison, aujourd'hui non identifiable, jusqu'en 1855).

A cette même période de janvier 1838, l'inspecteur des écoles primaires viendra à Lavoux vérifier si le local attribué à l'instituteur lui assure une maison convenablement disposée, pour son logement et pour recevoir les élèves. Il propose également que l'instituteur se transporte tous les mardi et jeudi à Liniers pour donner l'instruction aux jeunes gens de ce bourg. Nous ignorons actuellement si cette proposition a été suivie d'effet.

Le 9 mai 1839, le vote du budget de la commune intègre les sommes de : 10 francs pour les prix distribués aux enfants des écoles, 200 francs pour le traitement de l'instituteur communal, 50 francs pour le secrétaire de mairie (à cette époque, le rôle du secrétaire de mairie était très souvent attribué à l'instituteur).

En 1847, on note que la fréquentation de l'école nécessite le paiement de 1 franc par mois pour les élèves pour l'apprentissage de la lecture, de 1,50 franc pour l'écriture et de 2 francs pour compter (Pour référence, un journalier de l'époque gagne 1 franc par jour de travail en hiver et 1,50 franc en été - 1 franc de l'époque équivaut à 3 euros aujourd'hui). En cette période 50 % de la population agricole "mâle adulte" de la Vienne est constituée de journaliers et de domestiques.

Durant cette année 1847, 6 élèves de Lavoux sont exemptés de frais de scolarité, se sont "les enfants gratuits", soit 1/3 des enfants si nous nous référons aux statistiques nationales en la matière.

Durant les 30 premières années de scolarisation de la jeunesse : "La régularité de la fréquentation est aléatoire car elle est incompatible de cette masse d'enfants comme main d'oeuvre d'appoint" exprime un inspecteur d'académie. Il rajoute "Je crois qu'il serait fâcheux à certains points de vue que les enfants fréquentent assidûment la classe pendant 11 mois de 5 à 13 ans et passassent ainsi ce premier temps de leur vie sans faire l'apprentissage de la vie des champs, telle qu'ils doivent la mener, sans contracter l'habitude des journées entièrement passées en plein air, par le froid, le chaud, la pluie, sans prendre goût par la force même de l'habitude à ce genre de vie" !!!

Ainsi l'école fut considérée comme accessoire très longtemps par la majorité de la population locale, car elle pensait que l'enseignement pratiqué ne correspondait pas avec la vie rurale de l'époque et ses besoins.

"L'usage du patois, le milieu dans lequel les élèves vivent, le temps relativement court qu'ils passent à l'école, s'ils la fréquentent, tout cela rend l'enseignement bien difficile" souligne un inspecteur.

Le 12 janvier 1851, le maire François SERRE et le conseil municipal décide dans sa majorité d'acquérir et non plus de louer, une maison à usage de maison d'école, il s'agit de la maison de Jean BOUTIN. Elle se situait au niveau du numéro 14 de la rue de Bonnes, parcelle B 302 du cadastre de l'époque. La section de Liniers du conseil municipal s'y oppose et fait parvenir avec 76 signatures, une pétition au Préfet. Le juge de paix de Saint Julien l'Ars enquête sur le projet et en 1855 la maison est achetée par la commune.

Le premier instituteur de la deuxième maison d'école de Lavoux est Pierre DELHUMEAU accompagné de sa femme Adèle Joséphine GUILLON.

Le 10 mai 1862, l'inspecteur des écoles primaires fait observer que l'école et le logement de l'instituteur sont devenus insuffisants et insalubres.

De 1864 à 1867, la municipalité oscille entre un projet d'agrandissement et de rénovation de la maison d'école ou une nouvelle construction estimée à 7 000 francs. Elle envisage un moment d'acquérir le prieuré pour y bâtir la nouvelle école mais cette perspective est abandonnée, pour en 1867 effectuer des réparations et des agrandissements en réalisant 500 francs de travaux dans le seconde maison d'école.

Huit ans plus tard, la nécessité d'une école neuve se pose à nouveau. Nécessité accentuée début 1876 par un rapport de l'inspection académique. Il déplore en effet, "que la maison d'école actuelle est dans le délabrement le plus complet..." C'est à cette période que s'amorce le projet de mairie-école qui verra son accomplissement en 1883 et c'est une autre "Brève d'histoire" à venir.

Les Amis du Patrimoine Lavousien.

Sources :

Ecole primaire, école du peuple. La Vienne de la préhistoire à nos jours. Jean TAARA et all., Ed. Bordessoules, 1986.

L'école et la scolarisation. La fin des terroirs. E. WEBER, Ed. Fayard, 1983.

Histoire de la France rurale. J. DUPUIS et all., T. 3 : 1789-1914, Ed. du Seuil, 1976.

Histoire générale de l'enseignement et de l'éducation en France, t. 3 : 1789-1930, F. MAYEUR, Ed. Perrin, 2004.

La maison école, www.le-temps-des-instituteurs.fr.

Illustration : L'instruction du peuple. Bibliothèque Nationale.

Différents dossiers des Archives Départementales de la Vienne.

Rédaction : Chantal Popilus et Alain Georgel

avec la participation de Robert Granseigne et de Didier Rouet

Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout.

Victor Hugo

Publié dans Les brèves d'histoire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article