DU PUITS COMMUNAL DE LAVOUX A L'EAU COURANTE

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

L'ingéniosité de l'homme pour mettre à la disposition de tous, l'eau, ce bien précieux indispensable à la vie, a de tous temps été remarquable.

Dès le IIIème siècle avant J.C. le premier aqueduc 'l'Aqua Appia" amène l'eau dans Rome. En France, le pont du Gard, aqueduc romain, est un témoignage de cette préoccupation essentielle.

Plus près de nous, l'aqueduc gallo-romain de Poitiers alimentait la ville en eau dès le Ier siècle avant J.C.

Lavoux n'est pas Poitiers : pas d'aqueduc, pas de rivière, pas de ruisseaux, pas de sources. Ce sont les puits, les citernes et les mares qui permettaient aux habitants et aux animaux de satisfaire, avant le XXème siècle, les besoins en eau. Ils ne pouvaient se permettre de la gaspiller en raison de l'énergie nécessaire pour se la procurer et de sa rareté. Les anciens du pays nous racontent encore combien était difficile la remontée de l'eau du puits et son portage jusqu'à la maison.

Nous allons dans cette article, parler plus précisément du puits de Lavoux qui se trouvait sur la place du bourg, presque devant de l'église comme nous pouvons le voir sur la carte postale ci-dessous (en bas et à gauche).

Le puits communal de Lavoux

Le puits communal de Lavoux

Il est actuellement enfouit sous le goudron de la route.

C'est à partir des éléments trouvés dans des extraits de délibérations du conseil municipal et de dossiers des Archives départementales de la Vienne que nous allons pouvoir en raconter l'histoire.

Utilisé bien avant le XIXème siècle, c'est en juin 1909 que des travaux d'aménagement du puits vont commencer. En effet, le conseil municipal de Lavoux "considérant que le puits communal est dangereux et que son eau peut être contaminée" décide d'y "placer un élévateur pour couvrir ce dernier et empêcher ainsi les accidents et la contamination de l'eau".

Plus tard, en 1929, l'électricité étant arrivée à Lavoux, le conseil municipal envisage d'équiper le puits communal d'une "pompe-hydropompe", composée d'un moteur électrique et d'un réservoir en ciment, sorte de petit château d'eau que l'on peut voir sur cette carte postale ancienne. (côté gauche et en bas de l'image)

La construction destinée à herberger la pompe et le réservoir d'eau

La construction destinée à herberger la pompe et le réservoir d'eau

A l'extérieur du puits une borne fontaine sera installée.

La construction du bâtiment destiné à renfermer le matériel de pompage et à supporter le réservoir sera confiée à Georges Granseigne, entrepreneur de maçonnerie à Lavoux. Le couronnement de ce bâtiment sera fait en pierre de Lavoux.

DU PUITS COMMUNAL DE LAVOUX A L'EAU COURANTE

Le montant total des travaux (pompe et bâtiment) s'élèvera à 21 500 francs. Se pose alors le problème du financement.

Une souscription est ouverte auprès des habitants : elle rapportera 837 francs.

La commune dispose de 4 000 francs sur le budget de 1929 et de 4 000 francs de subvention accordée par le département.

Il manque encore 12 663 francs, que le maire Jean Brissonnet prêtera à la commune. Prêt qui sera remboursable en 20 annuités avec des intérêts que ne devront pas dépasser 9,75 %. Les travaux seront alors réalisés.

La bâtiment abritant la pompe et supportant le réservoir

La bâtiment abritant la pompe et supportant le réservoir

Il reste encore un témoigne de cette époque puisque cette photo est une photo très récente. Ce bâtiment existe toujours. Il se situe à l'angle du local informatique côté rue et côté église.

Les années passent sans problème particulier, mais le désir d'une adduction d'eau desservant tous les habitants de la commune se fait de plus en plus pressant.

En 1946, une étude est dirigée par les services du Génie rural concernant les possibilités d'adduction d'eau dans la commune et les villages qui en dépendent.

Cette étude fera le constat suivant :

1 - qu'à cette époque les habitants se procurent l'eau au puits communal et dans 4 autres puits

2 - que le linge est lavé dans des baquets avec l'eau du puits ou des citernes et que les animaux s'abreuvent dans les mares, notant au passage qu'en 1946, l'effectif du petit bétail est de 400 et que celui du gros bétail de 400 également pour toute la commune.

3 - qu'en année sèche la population est quelques fois obligée de se rendre à la rivière (la Vienne) distante de 7 kilomètres.

4 - que la population est en état sanitaire satisfaisant

5 - qu'il serait nécessaire de prévoir un lavoir de 12 places.

En 1949, le niveau de la nappe phréatique baisse sensiblement. Ce fait, assorti d'une grande sècheresse durant l'été impose de faire recreuser le puits communal par un forage, pour permettre de continuer à fournir l'eau nécessaire à l'alimentation.

Il faudra recreuser le puits de 10 mètres, il atteindra alors une profondeur de 45 mètres. Ces travaux seront évalués à 110 210 francs.

Dans le même temps, la pompe tombe en panne et c'est 14 762 francs qui seront nécessaire à sa réparation.

Des démarches sont entreprises par le conseil municipal et en octobre de la même année le Préfet autorise la commune de Lavoux à réaliser un emprunt de 160 000 francs, remboursable en 5 ans pour lui permettre de réparer la pompe et de recreuser le puits.

Ce sont 4 habitants de Lavoux qui prêteront chacun 40 000 francs au taux de 5,50 % l'an, remboursable sur 5 ans : Théodule Martin du bourg, François Rat de l'Ecluzioux, Maurice Lebon du bourg et Pierre Depoix du bourg.

Les travaux seront faits, l'eau est à nouveau disponible et le village va disposer d'un lavoir. Il sera construit à côté du bâtiment hébergeant la pompe et supportant la réserve d'eau. Son trop plein se déversait dans la mare, située sur la place, devant l'actuelle épicerie. Disparu aujourd'hui, dans un premier temps avec la construction du local technique de la commune, devenu aujourd'hui le local informatique. On peut cependant, avec attention observer quelques indices de sa présence. Regardons les photos ci-dessous :

Pierre d'angle et mûr côté rue de l'actuel local informatique de LavouxPierre d'angle et mûr côté rue de l'actuel local informatique de Lavoux

Pierre d'angle et mûr côté rue de l'actuel local informatique de Lavoux

Sur la première photo, la pierre d'angle, plus imposante que les pierres intermédiaires que l'on aperçoit sur la seconde photo, à la base du mûr, supportaient des piliers de béton, qui à leur tour supportaient une poutre de béton aménagée d'une rigole de récupération de l'eau de pluie. Bien sûr ce lavoir comportait une toiture qui permettait aux habitantes (les hommes, à cette époque ne participaient pas aux travaux ménagers !!!) du village de laver leur ligne, tout en bavardant entre elles. Le lavoir était pour elles un lieu de sociabilité et de convivialité même si la tâche était rude.

Dans les années qui suivront l'adduction d'eau se fera progressivement et l'eau coulera alors au robinet, à l'intérieur des foyers des habitants de Lavoux. (actuellement nous consommons en moyenne 140 litres d'eau par jour et par habitant !)

Ceci, bien sûr n'a pas été sans difficultés, en raison des accords inter-communaux et des procédures administratives nécessaires.

Le 2 mai 1962, un extrait du registre des délibérations du conseil municipal confirmera en ces termes la fin des travaux :

"L'adduction d'eau étant terminée dans l'agglomération et la mare étant un point d'eau insalubre, particulièrement l'été, débordant l'hiver sur la place publique et sur plusieurs routes qui traversent le bourg, le conseil municipal décide à l'unanimité des membres présents de la combler dans les moindres délais et de faire effectuer ce travail par un entrepreneur bénévole."

Il y a seulement 50 ans !

Rédaction : Chantal Popilus

participation : Robert Granseigne et Alain Georgel

Photos : Base documentaires de l'APL

Sources : Mémoire collective et archives départementales de la Vienne

Indispensable aux hommes comme aux animaux et aux plantes, l'eau est au monde ce que le sang est à notre corps et sans doute davantage

Léonard de Vinci

Publié dans Les brèves d'histoire

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