L'ABANDON - (1er thème)

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

Les carrières de notre pays lavousien n'étaient sûrement pas "le biotope idéal"(1), hormis quelques passereaux sociables et partiellement protégés par la présence de l'homme et des prédateurs de jour : faucons, belettes ou corvidés à certaines époques de l'année.

Ceux-ci ont vu l'utilisation des chevaux au halage des blocs de pierre diminuer au fil du temps pour laisser la place à des procédés plus modernes, cela au grand bonheur des hommes mais au désespoir des chasseurs de mouches, moustiques et nettoyeurs de crottins.

Ainsi, proies et prédateurs durent trouver d'autres terres d'accueil.

Ils ne restaient que les enracinés à l'homme : quelque troglodyte, accenteur mouchet, rouge gorge et moineau domestique ou friquet, car les mines et les moteurs pétaradants, le tout sans estime... c'en était trop !...

La plupart d'entre eux ne revenaient qu'au crépuscule et petit matin, visiter les éboulis et anfractuosités, pour y dénicher quelques insectes blessés ou dissimulés.

D'autre oiseaux ayant les airs comme espace de nourrissage : hirondelle, martinet, chiroptère y séjournent, nichent ou hivernent dans les galeries ou anfractuosités des parties supérieures des carrières.

L'ABANDON - (1er thème)

La verticalité offre aussi sécurité à la gente ailée. En effet, leurs prédateurs, mammifères, hermines, belettes, chats, fouines et putois, ainsi que les chapardeurs de nids, hérissons, couleuvres ont des limites à ne pas dépasser, et ceux qui ont essayés ont fini plus bas les reins brisés.

Les prédateurs deviennent ainsi des proies ! La nature nous offre parfois un retournement.

Ne restent que leurs congénères ailés, les faux frères carnassiers : corvidés, faucons, chouettes, buses et hiboux. Les chassés évitent les chasseurs mais chassent eux aussi.

Les granivores ont bien souvent été accusés de déprédation alors qu'ils se nourrissaient de graines oubliées ou négligées.

Les caractéristiques du sol étant ainsi constituées, certaines carrières ont vu leur exploitation arrêtée.

La plupart d'entre elles seront délaissées n'offrant qu'un trou béant en guise de champs.

Ses dépôts successifs de mousses, lichens, feuilles et brindilles ont apporté suffisamment d'éléments minéraux avec graines indigènes pour s'y développer : les failles dans la pierre étant assez importante pour s'y ancrer et trouver l'eau nécessaire stockée dans la pierre et le bois mort, ainsi, lierres, églantiers, cornouiller mais aussi busseroles, tussilages et germandrées petit chêne, s'y sont installés. (Nous évoquerons cette colonisation dans de prochains articles).

D'autres carrières n'ont pas été oubliées et sont chacune le théâtre de rongeurs, galeux et invasifs.

Ces rats ont en effet trouvé abri et nourrissage dans les détritus des villageois et de leurs représentants : jeter dans leurs trous béants.

Notons que ces déchets sont et seront notre témoignage car indestructibles et polluants.

Les rapports prédateurs, proies deviennent alors difficiles car les rats sont rusés et agressifs et partiellement nocturnes et n'ont donc que très peu d'agresseurs, chiens errants, renards, blaireaux et quelques matous, seuls les grands rapaces diurnes en prélèvent quelques uns aventureux.

Mais leur insalubrité et leurs exactions vont contraindre les hommes à les "faire disparaître". (chasser)

Le remède devient alors pire que le mal lui-même car l'emploi de poisons (Strychnine, IOP, OP (2) ) n'ont jamais été sélectifs et altèrent la chaîne alimentaire.

C'est ainsi que scolytes,moustiques, mouches, limaces vont subir des épandages massifs d'IOP, de métaldéhyde (3), générant chaque fois la disparition de leurs prédateurs supérieurs.

Les rapports de naissances entre ces espèces animales et insectes sont sans aucune mesure (au profit des insectes), leur lutte mécanique devient quasiment impossible.

Notons que la monoculture et l'élevage intensif sont aussi des facteurs aggravants et que le réchauffement climatique a la même incidence sur toutes les espèces. C'est donc par ignorance pour certains et appât du gain pour d'autres que nous en sommes à ce constat :

- Si les loups, tigres ou éléphants n'ont pas de prédateurs dans leurs habitats naturels et bien dans le nôtre, ce sont les pucerons, moustiques, cochenilles et limaces qui n'en n'ont plus.

Ces lilliputiens ne craignent plus ces géants que sont les humains et en ne se raisonnant pas, nous serons bientôt leurs proies.

Prochain thème : Le moineau domestique et le moineau friquet : habitat, moeurs, reproduction et protection.

Rédaction : Lionel MAUNY

Photo : Lionel Mauny

(1) Biotope : Milieu biologique et climatique homogène propre au développement d'une ou plusieurs espèces

(2) Strychnine : utilisée jusqu'en 2000 comme taupicide

IOP : insecticide organophosphoré

OP : organophosphoré

(3) Métaldéhyde : granulés anti-limaces

Publié dans Biotope idéal

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