LES PRESBYTERES DE LAVOUX

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

Dans l'esprit des anciens lavousiens, le premier presbytère de Lavoux se situait derrière l'actuelle épicerie "Coop" sur la place des Carriers.

Porte du supposé presbytère de Lavoux

Porte du supposé presbytère de Lavoux

Voici une photographie du bâtiment prise un peu avant sa démolition. Ce bâtiment devenu dangereux fut, en effet, démoli dans les années 1997-1998. Sur le linteau de style gothique de cette porte est gravée la mention suivante : "FRANCOIS RICHARDIN 1613".

Nous retrouvons actuellement ce linteau sur la "porte de l'an 2000" située sur la place des Carriers.

Cette utilisation n'est pas sans anachronisme, puisque ce linteau a été réalisée à l'époque de la régence de Marie de Médicis après l'assassinat d'Henri IV !!! Pourquoi pas, cela constitue un clin d'oeil à l'histoire et concoure à l'esthétique de la dite porte.

Porte de l'an 2000, place des Carriers, Lavoux

Porte de l'an 2000, place des Carriers, Lavoux

- QUE SAVONS-NOUS A PROPOS DE FRANCOIS RICHARDIN ?

En 1602, François Richardin dit sa première messe à Liniers. A partir de 1605, il exercera son ministère à Lavoux, en tant que prêtre prieur, curé du prieuré de Lavoux et ce jusqu'en 1652.

Le registre paroissiale de la commune de Lavoux lui servait, outre les enregistrements de naissance, mariage et décès à noter des évènements forts du pays. Par exemple concernant la météorologie. En juin 1605, il y signale une très forte grêle qui s'est abattue sur Liniers en faisant de nombreux dégâts. En février 1615, ce sont des neiges très importantes qui seront signalées.

Il y notera également que « le 1er septembre 1620, fut logé en les paroisses de Lavoux et de Liniers la compagnie des chevaux-légers du roy (1) qui délogea le lendemain . Fut logé en la maison de André Charenton, au village de Touppinet (actuel Taupinet), paroisse de Lavoux, les sieurs de Maulay et aultres. Logeant près de M. de Vicq, cornette (2) de la dite compagnie. Ou dit village fut bléssé par la teste ung serviteur dudit sieur de Maulay, nommé Jullien, soy-disant estre du pays de Piquardie, tailleur d'abist, d'un coup de pied de chaval ; fut pensé à la diligence dudit Charenton par M. Pierre Poisvre, chirurgien de Chauvigny, lequel Jullien bailla audit Poisvre une pièce de XXIs IIIId. Ledit Jullien mallada depuis ledit jour, jusques au huictiesme dudit mois de septembre qu'il est décédé...enterré devant la porte de l'église. »

Concernant le décès de François Richardin, il eut lieu le 24 juillet 1652. Le texte précise : « a deceddé messire Françoys Richardin, vivant prêtre, mon successeur (sic), prieur curé, et le landemain 25 dudit moys a esté enterré dans l'église dudit lieu devant l'autel de la Vierge, par moy messire Pierre Morin, prêtre, prieur curé dudit mieu, et lequel a ordonné qui il seroit dict et célébré en l'églize dudit lieu, pour luy et ses parans et amis trépassés, un service composé d'une messe à haute voix et quatre messe à basse voix et dix solz aux pauvres qui se trouveront audit service le jour et feste de saint Françoys et pour le payement duditservice et messe charitté, il a donné à la fabrice dudit lieula somme de onze livres et demie à prendre sur une rente qu'il a à Fosse-Marion et au cas qu'il y eust du reste de ladite somme, ledit service payé, il sera pour la réparation de l'églize, et veult que se soit les procureurs de la fabrique (3) qui en fasse la recepte pour faire faire ledit service et charitté. Le testament est passé par Limousin, notaire. Signé : Morin, prieur susdit ».

QUAND EST-IL DES PRESBYTERES ?

- LE PRESBYTERE DANS LA "MAISON NOBLE" DU BOURG, COTE PLACE (EST)

Les recherches que nous menons actuellement pour retracer l'histoire des bâtiments (construction en "U" ou en 'Fer à cheval") de la Maison noble (4) du bourg de Lavoux (dont l'entrée principale est au fond de l'allée du Clos Saint Martin), de ses dépendances, de son pigeonnier et de ses différents propriétaires, nous ont amenés à consulter les archives départementales de la Vienne. Nous avons relevé les éléments qui suivent :

Le 21 janvier 1692, Pierre Bardon, prieur, arrive à Lavoux pour prendre possession du lieu. Un texte nous donne des éléments concernant sa prise de ministère : « En entrant dans l'église par la grande porte et principale entrée... il a pris de l'eau bénite et fait généflexion et prière devant le grand autel... baisé après le livre missel... élargi la visite aux fonds baptismaux, sonner les cloches et de là nous sommes allés au logis presbytérale du dit lieu de Lavoux » .

Le terme de « logis presbytéral » laisse entendre qu'il ne s'agit pas là d'une simple demeure mais d'un lieu plus noble. Le presbytère se situerait donc au XVIIème siècle dans la "Maison noble" du bourg de Lavoux.

D'autre part, nous savons que la "Maison noble" du bourg de Lavoux et ses dépendances ont été saisies à la Révolution, incluant la "Maison presbytérale". Ces biens furent ensuite vendus :

- Le 29 juin 1796, pour la "Maison presbytérale"

- Le 22 juillet 1796 pour l'autre partie de la "Maison noble"

Pour ces ventes, un inventaire, une évaluation et une description très précise des lieux étaient réalisés. C'est au travers de ces inventaires que nous découvrons que chacune de ces unités (la Maison presbytérale et l'autre partie de la Maison noble) disposait de chambres basses, de cuisine, de chambres hautes et grenier, sis dans les deux ailes de la Maison noble. Elles avaient la même facture. Or, ce que tous les lavousiens appelait « presbytère », le bâtiment derrière l'épicerie, la "Coop" dont nous avons parlé plus haut, pour l'avoir connu avant sa démolition ne comprenait pas d'étage !

Il y avait donc avant 1790, un presbytère dans la Maison noble du bourg de Lavoux, côté place (Est). Il a été racheté par « le citoyen Jacques Girault, cultivateur, demeurant à Lavoux ».

Sur ce sujet, nous avons encore trouvé des éléments supplémentaires :

Nous apprenons en effet, dans une déclaration du 30 juillet 1640 rendue par « François Richardin, prêtre prieur, curé du prieuré de Lavoux à la Seigneurie de Touffou, devant le haut et puissant Monseigneur Roch François Chasteigner..... seigneur fondateur de l'église du lieu de Lavoux et pour raison dudit lieu ou est édifié la ditte église, le logis et maison du prieuré, fuie (5) et vigne.... »

Ce texte laisse supposer qu'en 1640, la Maison noble, un logis presbytéral, ainsi que le pigeonnier (appelé "la tour" par les lavousiens)... existaient déjà.

- LE PRESBYTERE DANS LA MAISON DE FRANCOIS RICHARDIN ?

Dans un extrait d'un décret du 28 février 1662 dressant l'inventaire du Manoir de Lavoux Martin et de ses dépendances dont "Fressinet au bout de Lavoux... plus une pièce de terre appelée le grand champ dans laquelle le curé de Lavoux a fait construire une maison, ce champ se trouvant proche du cimetière... »

S'agirait-il de la maison démolie dans les années 1990 dont le fronton de la porte orne actuellement notre porte de « l'an 2000 », très certainement.

François Richardin est arrivé à Lavoux en 1605. L'église, le logis, la maison du prieuré, la fuye, sont cités plus haut dans une déclaration de 1640. On peut donc en déduire qu'un presbytère existait dans l'enceinte de la Maison noble dès cette époque. Mais en 1613, date inscrite sur le linteau de la porte, la Maison noble était-elle construite ? L'état de nos recherches ne permet pas dans l'instant de répondre à cette question. François Richardin se serait-il fait construire une maison pour servir de presbytère, avant la construction de la Maison noble ?

C'est plausible mais aujourd'hui cela ne peut être qu'une hypothèse.

Porte d'accès direct à l'église, de la "Maison noble" du bourg de Lavoux.

Porte d'accès direct à l'église, de la "Maison noble" du bourg de Lavoux.

Détail de la porte d'accès à l'église de le "Maison noble" du bourg de Lavoux

Détail de la porte d'accès à l'église de le "Maison noble" du bourg de Lavoux

Nous avons donc deux lieux supposés avoir servis de presbytère dont, avec certitude, un dans la Maison noble

Mais ce n'est pas tout...

- LE PRESBYTERE DANS LA "MAISON NOBLE" DU BOURG, COTE JARDIN (OUEST).

En 1796, le presbytère de Lavoux tombe dans le domaine privé et les lavousiens n'ont plus de presbytère.

Après la révolution les choses s'organisent. Par ordonnance du 8 décembre 1819 la commune de Lavoux fusionne avec celle de Liniers. Nous avons donc, une seule commune, deux églises et un presbytère à Liniers. Les lavousiens ne l'entendent pas de cette oreille... ils souhaitent acquérir un nouveau presbytère pour loger le desservant de la paroisse.

Les années passent et ils apprennent en 1836 que la Maison noble du bourg de Lavoux est à vendre.

En effet, Joseph Antoine César de Lattre de Tassigny et dame Marie Chantal Imbert de la Choltière, propriétaires à cette date, mettent en vente leur domaine.

Publicité concernant la mise en vente de tout le domaine de la maison noble de Lavoux

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L'idée vient donc, au conseil municipal, d'acquérir une aile de cette demeure pour y établir le presbytère. Es-ce le simple fait que cette demeure soit en mise en vente ou es-ce la mémoire des anciens, qui frustrés d'avoir été dépossédé de leur presbytère, sis antérieurement dans cette demeure, pour se ré-approprier leur espace confisqué.... Nous ne connaîtrons pas leur motivation !

Mais après de nombreux démêles entre les habitants de Lavoux et de Liniers la décision est prise par le conseil municipal d'acquérir une aile de la Maison noble. Une nouvelle fois, il fut fait appel à la cotisation volontaire des habitants qui ne fut pas sans poser problème aux habitants de Liniers qui possédaient un presbytère. Cette contribution volontaire fut insuffisante et la commune dû trouver des fonds complémentaires. L'abbé Leclerc, curé de la paroisse était favorable à cet achat. (Plus tard, c'est lui qui prendra, vers 1842 l'initiative de réaliser l'agrandissement de l'église. Elle sera bénie par Monseigneur Guitton, évêque de Poitiers en avril 1843).

Dans un premier temps, l'aile retenue pour y établir le presbytère était celle côté place (Est). L'abbé Leclerc fit intervenir Monseigneur l'Evêque de Poitiers auprès du Préfet de région, pour lui signifier « que l'emplacement du presbytère ne convenait nullement, outre qu'il est insuffisant, il est placé entre deux cabarets et a des servitudes communes avec un des cabarets. »

En 1840, le changement d'aile aura lieu. Le presbytère de Lavoux s'installera dans l'aile de la "Maison noble", côté jardin (ouest). Il sera mis gratuitement à disposition des différents curés qui se sont succédés.

A partir du 24 juin 1907 (loi du 2 janvier 1907 concernant l'exercice public des cultes) le presbytère sera loué à l'Abbé Dezanneau, des baux officiels seront établis. Il sera, en 1963 le dernier curé en titre de la paroisse de Lavoux.

Après le départ de l'Abbé Dezanneau, en 1964, le presbytère sera "transformé en logement pour un locataire et 2 pièces seront réservées au prêtre qui remplace le curé"

Le locataire sera Monsieur Peraudeau Edouard. D'autres locataires suivront avant l'achat et la rénovation remarquable de l'aile du manoir, côté jardin (ouest) par le Général Pierre de Larochelambert.

(1) Nous sommes sous le règne de Louis XIII le Juste, descendant des Bourbons. Les chevaux-légers du capitaine de compagnie Le Roy est une unité des gardes du corps du Roi occupant le deuxième rang de la maison militaire du souverain. En 1622, armés de mousquets, ils deviendront des mousquetaires.

(2) cornette : le grade militaire de cornette désignait, dans la cavalerie française de l'ancien Régime, l'officier le moins gradé de chaque unité.

(3) la fabrique est, à l'époque, l'assemblée chargée d'administrer les biens, l'entretien et les revenus d'églises.

(4) Maison noble, appelée aussi "Logis" ou "Manoir"

(5) Fuie, nommé aussi pigeonnier, colombier (tour ronde).

Sources :

Archives départementales de la Vienne : registres paroissiaux et d'état civil, archives antérieures à 1790, (essentiellement la série G), postérieures à 1790 (essentiellement série Q), archives notariales.

Extraits des conseils municipaux de la commune de Lavoux

Photos :

Maison de François Richardin : Madeleine Bouard

Autres photos : Fonds documentaire de l'APL

Réalisation : Chantal Popilus, Alain Georgel

avec la participation de Robert Granseigne

La contemplation c'est l'acte d'observation de soi et du monde dans l'instant présent, sans jugement, sans attachement, sans raisonnement, qui conduit à la félicité faite de paix, d'amour et de compassion.




Paul-Henri Doré

Publié dans Les brèves d'histoire

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