QUAND L'HISTOIRE BEGAIE : LES RESTRICTIONS DANS L'ENCADREMENT SCOLAIRE.

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

QUAND L'HISTOIRE BEGAIE : LES RESTRICTIONS DANS L'ENCADREMENT SCOLAIRE.

En juillet 1922 sous le régime de la IIIème République, le Président de la république est Alexandre Millerand, le Président du Conseil, Raymond Poincaré et le Ministre de l'Instruction publique, Léon Bérard.

A Lavoux, le 30 juillet 1922, le conseil municipal est convoqué pour une session extraordinaire au cours de laquelle :

« Monsieur le maire (Monsieur Brissonnet) donne connaissance aux membres du conseil d'une lettre de Monsieur le Préfet de la Vienne en date du 23 juillet 1922 au sujet de la suppression de l'emploi d'adjointe à l'école des filles. Il présente ensuite une étude documentée sur la question ». Cette étude est d'une écriture différente, on peut donc penser qu'il s'agit là d'un document émanant des instituteurs ou des parents.

La voici :

« La population scolaire avait diminué du fait de la guerre, elle commence à augmenter. En ce qui concerne l'école des filles, voici des chiffres indiscutables relevés sur les registres de cette école :

Nombre d'élèves :

Année scolaire 1917-1918 : 52 élèves

Année scolaire 1918-1919 : 66 élèves

Année scolaire 1919-1920 : 61 élèves

Année scolaire 1920-1921 : 49 élèves

Année scolaire 1921-1922 : 52 élèves

Ce qui fait une moyenne de 59 élèves.(quelques chiffres ont dû être mal copiés)

D'après le registre des naissances, il y a lieu de prévoir un effectif de 54 élèves pour l'année 1922-1923.

La situation actuelle de notre école de filles nous permet d'espérer qu'elle retrouvera un effectif aussi important que celui qui fut cause de la création de l'emploi qu'on veut aujourd'hui supprimer.

L'effectif de l'école des garçons est de 77 élèves, ce qui fait 38 et 39 élèves dans chacune des deux classes. Dans ces conditions il n'y a pas lieu d'envisager la création de classes géminées (1), les classes des garçons étant suffisamment chargées pour que les enfants y reçoivent un bon enseignement. Il est indiscutable que le nombre moyen des élèves après la suppression proposée sera bien supérieur à 35, nombre indiqué par Monsieur le Préfet dans sa lettre précitée.

Si l'effectif de l'école des filles est de 52 élèves cette année, par contre celui de l'école des garçons, comme nous l'avons déjà dit est de 77 élèves.

Cette disproportion de sexes n'est que momentanée et l'équilibre momentanément rompu peut se rétablir promptement. Le registre des naissances de l'année 1917 à l'année 1922 le prouve d'une façon indiscutable.

D'autre part, la suppression de l'emploi d'adjointe à l 'école, entraî
nerait des dépenses nouvelles et imprévues pour la commune pour la création d'un nouvel aménagement.

Accepter sans protester le projet de suppression, c'est s'exposer à avoir une école de filles surchargée ou l'enseignement se donnerait dans des conditions défavorables et nos enfants en seraient les premières victimes.

Quant à la promesse de Monsieur le Préfet de faire le nécessaire pour faire rétablir le poste supprimé si le besoin s'en faisait sentir, il n'y a pas lieu de la retenir, les circonstances actuelles autorisant à nous opposer à la suppression projetée, à ne pas accepter ce que Monsieur le Préfet appelle une économie et par patriotisme, nous devons veiller à ce que nos filles reçoivent convenablement l'instruction primaire à laquelle elles ont droit.

Le nombre des élèves justifiant les deux emplois d'institutrices actuellement existants, Monsieur le Maire propose le maintien du statu quo."

Le Conseil municipal conteste après en avoir délibéré le nombre de 35 comme nombre moyen des élèves, les document prouvant que ce nombre est 52 actuellement, qu'il a tendance à augmenter et qu'il est de 58 de 1917 à 1922. Un tel effectif a justifié la création d'un emploi d'institutrice adjointe et justifie son maintien.

Le conseil proteste énergiquement contre le projet de suppression qui ne se justifie pas suffisamment. (2)

Aujourd'hui, pour éviter une fermeture de classe, les parents d'élèves de l'école de Bignoux, soutenus par l'A.P.E., le Maire et son conseil, entrent en résistance. (Démarche similaire à celle qui s'est déroulée à Lavoux il y a quelque temps.)

Hier comme aujourd'hui, les pouvoirs centraux répondent à des logiques globales, souvent au détriment des besoins locaux estimés en matière d'encadrement scolaire. En référence avec la situation que nous avons décrite en 1922 et celle de Bignoux près de 100 ans après, nous constatons que les processus de concertation, de négociation, de communication, de décision semblent toujours aussi problématiques !

(1) Classe géminée : classe groupant deux classes de faible effectif et recevant l'enseignement d'un même maître, mais aussi, classe où se trouve des élèves des deux sexes.

(2) La lecture des procès verbaux des séances du conseil municipal pour les mois qui suivent, ne nous dit si le poste a été ou non supprimé. Nous avons voulu vérifier ceci dans les registres de recensement de population aux Archives Départementales de la Vienne, hélas, ceux-ci sont actuellement "non consultable" car parti en numérisation. Nous resterons donc présentement dans l'ignorance de l'issue de ce conflit.

Rédaction : pour l'APL, Chantal Popilus et Alain Georgel

Celui qui ouvre une porte d'école, ferme une prison.
Victor Hugo

Publié dans Les brèves d'histoire

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