LE VIN D'AMBERTIN

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

Une équipe de vendangeurs à Ambertin

Une équipe de vendangeurs à Ambertin

Y'a quasiment pus d'veugnes (1) à Lavoux. Dans l'temps y'en avait pien, i fesions teurtout noute vin. O suffisait de tchèques rangs de Noya et d'Otello pour que chacun aye sa bouérature (2) pour l'annaïe. Dans chaque veugne y'avait souvent une boussée d'éziou (3). Avec qu'ou l'éziou, i'fesions des riortes (4) pour les fagots de sarments. Qu'allés fagots, o faisait des bounnes chalibaudes (5) dans la cheminée.

Noute vin suffisait pas teurjous pour l' annaïe, surtout pour tchés-là qui fesiont des beurvocheries (6), mais o rendait bein service. Ol'té du naturel et il té bein bon. I mettions point de saloupries pour le conserver. Ol'est pas coumme maintenant tchau vin que l'vendont dans des bouteilles en piastique (y'en ai même vu dans des bouettes en carton). I savons même pas si y'a du raisin dedant, o r'semble à tchelle Fruisette (7) qu’i buvions pendant la djèrre.

Moué, qu'ou vin d'marchand qu'on achète à c't'heure, quand y'en boué, o m'caille su l'jabot. Y'ai l'pirail (8) tout déteurviré pendant un coube de jours. Quand i 'buvions noute vin, ol'té point pareille : ol'té du v'lour. Aremarquez que des foués y s'conservait pas trop bein, y prenait un petchit goùt de feu ou y s'méttait à piquer. Parfouè même, au moment des métives (9), y filait : on aurait dit de l'heule (10). Mais o faisait pas d'mal : On bouévait naturel.

Et pi y'avait la râpe, i peuvions la faire brûler. On la portait à Mouniau quand le v'nait avec soun'alambique. O faisait de la goutte pour s'réchauffer l'hiver quand y'allions aux alouettes avec les trouilles. Y fesions aussi de la piquette en arrousant la râpe avec de l'iau après avouère mis du suc. Quand la piquette était finie, on arrousait de nouviau et ainsi de suite mais o l'arrivait qu'o l'avait pus grand goût et que la piquette se gâtait.

Le père Sabourin d'Ambertin faisait du vin supérieur : Y 'appelions ça du vin de mossieur. Ol'est vrais qu'ol'té sa partie : l'té viticulteur marchand de vin. O y'avait pien de veugnes autour de chez li. Y'en avait mais de cinquante bosselets bein sûr, rein que des bons cépages et pi l'bounoume counnaissait bein son affaire. Quant le vendangeait, y'en avait au moins pour tchinze jours : les fumelles (11), les drôles et les droillères, teurtout alliont y travailler. Sa bourgeouèse, yelle-tout, (12) avait son sécateur. Ol'té pas toujous piaisant et l'matin, avec l'égaille (13), les douets étions souvent grappes.

Quand y’avions pus de vin pour finir l' annaïe ou bein pour un mariage ou une communion, le nous amenait un petchit barricot. Aussi bein l'rouge que l'bianc, l'étiont bein gouleyants. O parraîtrait, mais i peut point vous l’acertainer, que l'tchuré y'i commandait troués barriques de folle par an pour son vin de messe.

On peut teurjous vouère y'où qu'était son chais, on le longe quant on va de Noussec à La Foix. Ol'est pas facile à r'counnaître car ol'est dev'nu une belle maison. Maintenant y'a pu rein, les veugnes ont été arrachées coumme les autres. Si o s'trouve, ol'est de tcho temps (14) en jachère, o fait quand même bisquer (15).

Une supposition que l'vignoble aye continué, a c't'heure o veindrait du raisin peurtout à Ambertin. O s'rait dev'nu de l'appellation contrôlée VDQS. Vous pouvez m'en crère, i sons sûr qu'à c't'heure le monde commanderiont une bouteille des Coteaux d'Ambertin de Lavoux coumme y d'mandont un St Nicolas de Bourgueil ou un St Emilion.

Y'aurait pas qu'la pierre pour faire counnaître Lavoux.

(1) Veugne : vigne, (2) Bouérature : boisson, (3) Boussée d'ésiou : Touffe d' osier, (4) Riorte : Lien fait avec un brin d'osier ou une jeune branche de chêne, (5) Chalibaude : forte flambée de courte durée, (6) Tchés-là qui fesiont des beurvocheries : Ceux-là qui faisaient des beuveries, (7) Fruisette : Marque d'une boisson vendue pendant la guerre 39-45, (8) Pirail : Poitrine, jabot (j'ai l'estomac tout retourné pendant quelques jours), (9) Métives : Moissons, (10) L'heule : L'huile (maladie du vin qui le rend fluide comme de l'huile), (11) Fumelle : Femme. Parfois dit dans un sens péjoratif, (12) Sa bourgeouèse, yelle-tout : Sa femme, elle aussi, (13) Egaille : Rosée (avec la rosée, les doigts étaient souvent gelés), (14) De tcho temps : Actuellement, (15) Bisquer : Contrarier, rager

Situation d'Ambertin, un écart de la commune de Lavoux

Situation d'Ambertin, un écart de la commune de Lavoux

En ces temps de vendanges et de "foires aux vins", il est plaisant de faire un clin d'oeil aux us et coutumes de nos anciens lavousiens et lavousiennes en la matière. Particulièrement de rendre hommage à Marcel Sabourin, maître de l'art concernant le greffage, la vinification et l'assemblage.
Marcel Sabourin produisait des vins de qualité, primés au plan national, de nombreuses fois médaillés et qui ont pu être appréciés par les habitants de la commune de Lavoux à l'époque.

Marcel Sabourin avec son épouse et leur fille.

Marcel Sabourin avec son épouse et leur fille.

La reconnaissance toujours actuelle d'un vin d'exception

La reconnaissance toujours actuelle d'un vin d'exception

Réalisation : Robert Granseigne

Participation : Yolande et Serge Gadioux, Chantal Popilus, Alain Georgel

Voir également l'article : "Lavoux et ses cabanes de vigne"

Ce n'est pas le vin qui enivre l'homme, c'est lui qui s'enivre
Proverbe chinois

Publié dans Les brèves d'histoire

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Commenter cet article

arnault robert 08/10/2015 21:09

merci pour ce bon souvenir je n est pas souvenir de sabourin mais du vin du pere copin a la foie et celui de martin a ambertin ainsi que le vin de bois robert a mr couturier
amities a tous pour vos recherches
robert

Les Amis du Patrimoine Lavousien 10/10/2015 09:27

Merci, nous sommes toujours heureux lorsque nos connaissances sont complétées.