INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX ET COMMEMORATIONS

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

Il y a déjà quelque temps nous avons fait l'histoire du monument aux morts de la commune de Lavoux (lien ci-dessous). Nous savions qu'il avait été inauguré en 1920, sans avoir plus de précisions sur la date. Cet article est l'occasion de compléter cette lacune.

Ils étaient nombreux en ce matin du 11 novembre 2016, à venir rendre hommage, non seulement aux morts de 14-18, mais aussi à ceux de 39-45 et d'Indochine.

La cérémonie du 11 novembre 2016

La cérémonie du 11 novembre 2016

Après un dépôt de gerbes fait par les enfants des écoles, ces derniers retracèrent l'histoire de cette effroyable guerre. Ensuite fut fait l'appel des morts au cours duquel les noms de tous les morts de la commune de Lavoux ont été égrenés.

Madame Maguy Lumineau, maire de Lavoux, après avoir rendu hommage à ces combattants morts, mutilés, traumatisés informa la population du projet d'édification à Paris d'un monument national en hommage aux morts pour la France dans "les théâtres extérieurs".

Pour clore cette cérémonie fut entonné par MM. Firmin Donko Ossabé et Dominique Jacob, dans un premier temps en français et dans un second temps en allemand, le chant "J'avais un camarade" traduit depuis dans de nombreuses langues.

Paroles et musique de "J'avais un camarade".

Paroles et musique de "J'avais un camarade".

Ce chant fut suivi de celui de la Marseillaise porté par l'ensemble de l'assemblée.

Chaque année, depuis l'inauguration de 1920 se perpétue cet hommage aux victimes de la guerre.
Nous avons retrouvé le récit cette inauguration faite le 26 septembre 1920, associée à l'inauguration du bureau de Poste. Ce fut un moment de fêtes pendant lequel les Lavousiennes et Lavousiens ont laissé s'exprimer la liberté retrouvée. L'Avenir de la Vienne du 30 septembre 1920 nous en fait le récit :

LAVOUX : INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS ET DU BUREAU DE POSTE

Dimanche 26 septembre 1920, la commune de Lavoux, favorisée par un temps splendide, a fêté avec éclat la mémoire de ses vaillants enfants morts pour la Patrie au cours de la dernière guerre. Dès le 25 dans l’après-midi une délégation du Conseil municipal et du Comité des fêtes, sous la direction de M. Brissonnet Jean, maire, prenait les dernières dispositions pour la réalisation du programme soigneusement élaboré depuis quelques semaines. Ce programme avait été arrêté par le Conseil municipal, le Comité d’érection du monument et les instituteurs qui s’étaient mis à leur disposition.
La matinée du dimanche fut employée à pavoiser les édifices municipaux, le bureau de poste, le monument et ses abords. Les habitants aussi, invités par voie d’affiches pavoisèrent et illuminèrent en cette occasion. Signalons tout particulièrement, M. Giraudeau, commerçant et buraliste qui fut le premier à répondre à cet appel, M. Dessioux dont les guirlandes à l’entrée de son grand hall étaient magnifiques d’élégance et bon goût.

L’avenue de Saint Julien l’ars était tout particulièrement décorée par les soins des habitants du quartier, sous l’habile direction de M. Fleuriant, conseiller municipal. En cet endroit, une sorte d’arc de triomphe de verdure, de guirlandes multicolores avec des lanternes vénitiennes et drapeaux était édifié probablement en l’honneur des invités de la municipalité qui devaient arriver par là. Ces invités étaient MM. Marc Niveaux, conseiller général du canton et député de la Vienne, Guillaume Poulle, sénateur, représentant les députés et sénateurs de la Vienne, M. le Préfet   s’était fait excuser pour raison de santé et avait désigné M. Girault, conseiller de préfecture pour le représenter mais au dernier moment en fut empêché.

Le monument aux morts était décoré avec grâce par les veuves et les orphelins de la guerre avec le concours de MM. Henri Barillet, Auguste Pironnet, François Rat, Jean Babin, Popineau, conseiller municipaux et M. Landry, directeur de l’école de garçons.

A 13 heures, le Comité des fêtes se réunissait à la mairie, sous l’habile direction de M. Guibert, adjoint au maire, président de la fête sportive. Une belle fête de musique, de l’adresse et de la grimace commence. Course à bicyclette, où le 1er arrivant fut le jeune Dupin de Lavoux. Course à pied où se distingue l’intrépide Grandsaigne, sculpteur du monument, président du Foot-ball lavousien. La course en sac fut un succès d’hilarité sans précédent. Quant au concours de grimaces ce fut le bouquet : grands et petits s’y firent une pinte de bon sang. Le jeune Pascal eut un retentissant succès. Le jeu de la poêle eut son succès habituel. Le Comité de la fête avait eu l’heureuse inspiration de penser aux petites filles dans les jeux et le jeu des ciseaux où les gagnantes eurent de beaux lots de première utilité, leur donna toute satisfaction.

A 16 heures la distribution des prix se faisait à la mairie. Notons la remarquable sagesse de M. le Président de la fête sportive. Il sut récompenser l’effort de tous les concurrents et il n’y eut que des heureux.

MM. Niveaux et Poulle, sénateurs suivaient aussitôt reçus par M. Jean Brissonnet, Maire et suivi par son conseil municipal se dirigeaient vers le monument aux morts autour duquel se pressaient sur une face, les veuves et les orphelins de la guerre, sur une autre les démobilisés et derrière le monument aux morts, les enfants des écoles, sous la conduite de leurs maîtres. Ils entonnèrent la Marseillaise à l’arrivée des autorités. Monsieur le Maire dans un beau discours et que nous regrettons de ne pouvoir publier, remercia MM. Les parlementaires d’avoir bien voulu venir présider la fête et rappela combien la commune de Lavoux est heureuse d’avoir sur sa grande place un monument pour perpétuer le souvenir de ceux qui ne sont pas revenus.

M. Fleuriant, président du Comité d’érection du monument, remercia MM. Niveaux, Poulle et le Maire, ainsi que l’assistance d’avoir bien voulu venir à l’inauguration du monument que le Comité donnait à la commune pour rappeler aux générations futures, le souvenir et les noms de ceux qui sont morts pour la défense du droit odieusement outragé par la force brutale des nations en proie.

MM. Niveaux et Poulle prirent successivement la parole et leur éloquence fut grande. Nous avons vu, des yeux des mères et des veuves, couler des larmes, de ces bonnes larmes qui soulagent les  poitrines oppressées. Les bonnes paroles de ces parlementaires ne furent pas seulement un réconfort pour les familles endeuillées, elles furent aussi instructives pour tous et la grande pensée maîtresse de leurs discours        fut celle-ci  :  «La véritable plaie faite à la France par cette horrible guerre fut la perte de 1 500 000 vaillants défenseurs ».

A 18 heures, à l’hôtel Rat un banquet réunissait un grand nombre de Lavousiens, sous la présidence de M. le Maire, ayant à ses côtés, MM. Les Parlementaires, le Conseil municipal et les fonctionnaires résidant dans la commune.

A la fin du banquet M. le Maire fit un discours d’une belle envolée patriotique qui se termina par une flatteuse ovation au cri de : « Vive le Maire ! ».

MM. les Parlementaires avec l’éloquence qui leur vaut la juste admiration de leurs concitoyens, parlèrent de la situation présente, de l’écrasante tâche de la  reconstitution, de la politique du jour  et assurèrent leur fidélité à l’idéal républicain fait de sagesse et de progrès. Les applaudissements ne leur furent pas ménagés.

A L’issue du banquet, un magnifique feu d’artifice fut tiré sur la place. Toutes nos félicitations à M. Rossignol, l’artificier et à M. le Maire pour le bon choix de ses pièces. L’illumination de la place était superbe et la jeunesse nombreuse venue des villages et même des communes voisines dansa jusqu’à des heures avancées de la nuit.

Trois ans plus tard, le 15 novembre, une palme de bronze vient orner le monument.

 

INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX ET COMMEMORATIONS

La pose de cette palme sera l'occasion de fêter dignement l'armistice du 11 novembre de 1918. L'Avenir de la Vienne nous en fera à nouveau le récit dans son édition du 15 novembre 1923 :

ANNIVERSAIRE DE L’ARMISTICE – LAVOUX, 1923.

Anniversaire de l’Armistice – Le groupe des anciens combattants et leurs amis a dignement fêté l’anniversaire de l’armistice avec le concours de la municipalité, des institutrices, des instituteurs et des enfants des écoles. Une palme en bronze a été posée sur l’une des faces du monument érigé à la mémoire des enfants de Lavoux morts pour la France pendant la dernière guerre. Plusieurs discours furent prononcés rappelant à tous le souvenir de ces héros, par M. Landry au nom du groupe des combattants, par M. Jean Brissonnet, maire de la commune de Lavoux, et M. Gaston Bourriachon au nom de la Société sportive de Lavoux.

Un banquet d’une cinquantaine de couverts, à l’hôtel du Midi, réunissait les camarades de combats de la grande guerre, les vétérans de 1870-71 et un vétéran de la guerre de Crimée. Après le banquet une tombola fut tirée à la mairie.

Discours de M. Landry au nom des Camarades de combat.

M. le Maire, Mesdames, Messieurs,

Lorsque le 1er août 1914, la France menacée se vit dans l’obligation de décréter la mobilisation générale, une vague d’enthousiasme et de patriotisme déferla sur le pays.

Des millions de paisibles citoyens quittèrent leurs occupations habituelles, en quelques jours s’équipèrent, s’armèrent et coururent à la frontière menacée.

Personne ne douta  de la victoire finale. Mais pour l’obtenir, pendant quatre longues années, il fallut lutter, souffrir, 1 million et demi de nos vaillants frères d’armes ne devaient plus revoir leur foyer. Leur souvenir est toujours vivace dans nos cœurs, c’est pour le montrer publiquement que nous sommes au pied de ce monument rappelant à tous le glorieux trépas des plus vaillants enfants de notre commune, morts au champ d’honneur. Nul ne saurait oublier tant de sacrifices, de souffrance et de gloire. Ces nombreux deuils furent le prix cruel de notre libération et sont à jamais perpétués dans notre commune par l’érection de ce monument, par le pieux hommage des habitants à nos Grands Morts.

La palme que nous venons de déposer sur l’une des faces du monument rappellera à tous, en même temps que le trépas glorieux de nos vaillants camarades, la victoire finale de la lutte, le triomphe de la plus juste des causes.

Discours de M. Jean Brissonnet, maire.

Mesdames, Messieurs,

En recevant cette palme, je remercie au nom de la commune de Lavoux et au mien, le comité de son intelligente organisation qui nous permet d’offrir, le jour de l’anniversaire de l’armistice, un témoignage respectueux et reconnaissant à nos héros de la grande guerre.

Je remercie les combattants de 1870 de leur présence, car eux aussi ont bien voulu se joindre à nous pour cette manifestation. Je remercie également les maîtres et les maîtresses des écoles, ici présents et accompagnés des enfants qui sous leur direction et auxquels ils enseignent combien cette génération doit  à ces victimes du devoir tombées au champ d’honneur. Je remercie aussi les mutilés de leur présence : eux aussi ont voulu montrer combien ils ont de reconnaissance pour leurs frères qui sont restés sur le champ de bataille ; comme eux ils ont passé des heures douloureuses, mais plus heureux que leurs compagnons d’armes, ils ont pu sauver leur existence.

Je ne veux pas oublier les pères, mères, veuves et enfants qui ont perdu un des leurs, et dont le nom est gravé sur le monument ; mais soyez fiers du malheur qui vous a atteint, vous avez payé votre part à l’humanité et la Société vous doit cette reconnaissance.

Je ne veux pas abuser de l’honneur qui m’a été fait de déposer cette palme sur le monument de notre commune. Je suis très touché de la reconnaissance que la population tout entière porte à ses glorieux enfants. Puisse cette modeste palme être le témoignage de notre admiration et de notre respect pour leur mémoire.

Discours de M. Bourriachon au nom de la Société Sportive.

Mesdames, Messieurs, et vous petits enfants,

Il y a cinq ans, en ce même jour du 11 novembre, la patrie avait le droit de se réjouir. L’ennemi était refoulé, ses armées reculaient en désordre devant la poussée victorieuse de nos héroïques soldats. L’aigle teuton perdait enfin son arrogance et courbait la tête devant notre vaillant coq gaulois.

Le sol français était redevenu libre et lavé de toute souillure étrangère : nous avions notre revanche ! Nous revivons aujourd’hui ces mêmes heures d’émotion et d’allégresse ; nous éprouvons encore le bien-être de la délivrance, du cauchemar qui tenait enchaîné nos cœurs et nos esprits.

Nous partageons ce sentiment d’orgueil et de fierté que nos braves combattants doivent éprouver lorsqu’ils disent si gaiement ! On les a eus ! Hélas ! à quel prix, que de deuils ! Que de larmes, que de sacrifices ! Par milliers les français ont généreusement fait le don de leur vie pour que le droit ait raison de la force, et leurs tombes jonchent les champs de batailles. Jamais l’histoire n’avait vu pareilles luttes, jamais douleur ne fit couler tant de larmes. Que notre pensée aille donc à ces victimes, à ces héros ; fleurissons leurs tombes et les monuments qui portent leurs noms, recueillons-nous dans leur souvenir.

Et redisons comme suprême consolation les paroles d’un grand écrivain : « Mourir pour la patrie, n’est pas mourir, c’est vivre éternellement ».

Leur nombre atteste que les enfants de Lavoux ont fait leur devoir. Ils étaient pleins de vigueur, assurant le présent, pleins d’espérance préparant l’avenir, paisibles dans leurs familles et utiles au progrès social. Avant que leur tâche soit terminée, la guerre les a pris, entraînés dans son farouche tourbillon. A l’appel de la patrie, ils ont tout quitté pour ne songer qu’à leur devoir de soldats.

Quel est celui d’entre vous qui passant devant ce monument, ne salue pas très bas le nom de ces héros ? Eh bien, chers enfants, c’est à vous de continuer l’œuvre de ceux qui ne sont plus ! Ils nous ont donné la victoire, c’est à vous de l’affermir par votre persévérant travail. Vous avez à remplir une tâche dure et délicate ; relever la nation de ses ruines, la maintenir puissante et forte, afin que les barbares n’osent plus l’envahir.

Beaucoup d’entre vous portent le deuil d’un père, ou d’un frère ; que ce souvenir soit pour vous un réconfort aux heures de faiblesse, un stimulant aux moments de défaillance.

Que chaque jour en rentrant de l’école vous vous incliniez devant ce monument des morts au champ d’honneur et dites tout bas : Chers disparus, votre sacrifice n’est pas inutile, votre exemple sera suivi, nous travaillerons. Ainsi vous témoignerez votre reconnaissance et ferez votre devoir.

Par vous le France doit sortir de la tourmente plus grande et plus forte, pour le bien de l’humanité.

 

Photographies : Chantal Popilus

Articles de presse : Archives Départementales de la Vienne

Rédaction : Chantal Popilus pour les Amis du Patrimoine Lavousien avec la participation de Loïc Richard.

On ne doit pas moins respecter la mémoire des morts que la réputation des vivants

Jean-Baptiste Blanchard, L'école des moeurs, 1972.

Publié dans Le petit patrimoine

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