LE MANOIR DISPARU DE LAVOUX-MARTIN (LAVOUX, VIENNE)

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

Situation

C’est à environ deux kilomètres du centre bourg de Lavoux en direction de Bignoux, sur votre droite que vous trouvez les indications « Lavoux Martin » et "La Tourette". Arrivé au bout du chemin vous observez une tour ronde, il s’agit de l’ancien pigeonnier du manoir. Ne cherchez pas le manoir, il n’en reste rien, seulement un champ d’herbe au milieu duquel l’on aperçoit un puits, ancien puits de la buanderie du manoir. C'est dans ce champ situé à l'extrémité Est des bâtiments actuels, anciennes dépendances fortement remaniées, qu'il se dressait.

Traces du Manoir

Dans le  Répertoire archéologique du département de la Vienne, M. de Longuemar (1859, p. 244-245) écrit : « A Lavou-Martin, Villa Lavou en 993, restes d’un ancien château, dont trois vues à la bibliothèque de Poitiers ».

De minutieuses recherches nous ont permis de retrouver ces trois vues, à la Médiathèque François Mittérand de Poitiers. Il s’agit de dessins à la plume,  à l’encre de chine faits par Alexandre Garnier, dessinateur à Poitiers, dans la première moitié du XIXe. Ci-dessous, l'un de ces dessins :

Vue n°1 prise à gauche de Lavoux-Martin. (Médiathèque François Mitterrand, Poitiers)

Vue n°1 prise à gauche de Lavoux-Martin. (Médiathèque François Mitterrand, Poitiers)

L’étude du plan napoléonien de 1820 et du plan de masse des cultures de 1808 ainsi que l'examen de plusieurs expertises lors des différentes ventes  permettent de reconstituer le tracé précis de son empreinte sur le cadastre actuel :

LE MANOIR DISPARU DE LAVOUX-MARTIN (LAVOUX, VIENNE)

Première date trouvée

Il s'agit de 1491. Louis Rédet (1881, p. 226) dans son dictionnaire topographique du département de la Vienne nous dit : « Lavoux-Martin, château ruiné et tuilerie dépendant de la commune de Lavoux. Ce lieu appelé Vauxmartin  en 1491 dépendait de la Seigneurie de Touffou, sera dénommé Maison noble de Vaumartin en 1562 puis La Vaumartin en 1598 (La vallée à Martin). En 1610, rattaché au chapitre de Sainte Radegonde : La Vousmartin ».

C'est dans les  manuscrits de la Famille Chasteignier et de la seigneurie de Touffou (ADV, 2 E 47), que nous trouvons ce document. Il s'agit de la déclaration de 1491 rendue par Pierre Girault au sujet de la tenue et héritage des champs « tenus et mouvants » - domaine qui dépend- de la seigneurie de Touffou du 25 mai 1491, à Joachim de Mauléon, écuyer, seigneur de Touffou. Dans ce texte, à plusieurs reprises est citée « La maison de Vaux martin ».

Ses propriétaires successifs

En 1491, nous ne connaissons pas le propriétaire du manoir de Lavoux-Martin, seulement son existence.

Dès 1552, nous trouvons : Un contrat d’acquêt rédigé en décembre 1552, par Yves Rogier, Seigneur de la Tour Chabot à Jacques Bouttier du lieu de Laquizious » (la dénomination actuelle est l’Ecluzioux, lieu-dit jouxtant le bourg de Lavoux, à côté de l’église). Dans ce document de 1552, est à plusieurs reprises précisé : « en ma maison de Vaumartin », accompagné d’un nom « Yves Rogier, seigneur de la Tour Chabot ». Nous avons là, un premier nom de propriétaire, Yves Rogier.

Nous sommes sous le règne d’Henri II, roi de France depuis 1547.

Trois générations de membres de cette famille vont se succéder au manoir. Certains ont des liens avec la famille du manoir de la Brosse, d’autres des liens avec la famille du château du Bois Doucet.

Le domaine de la famille Rogier comprend non seulement le manoir de Lavoux-Martin mais de nombreuses métairies dans cette paroisse et dans les paroisses environnates. Il comprend également des biens à Saint-Maixent et dans d’autres paroisses de l’actuel département des Deux-Sèvres.

En 1662, nous trouvons une description détaillée de la maison forte et du domaine de Lavoux-Martin : « Premièrement, la maison noble, terres et seigneurie de Lavaux Martin, sise en la paroisse de Saint Martin de Lavoux en Poitou consistant en un corps de logis ayant deux tours et deux pavillons renfermés de murailles et fossés avec pont levis, la basse cour, grange, cuvier… la fuye et jardin y joignant renfermé de murailles et fossés, le tout tenant ensemble de toutes parts aux terres, bois de futaies, pré… avec tous les chemins. Les  appartenances et dépendances en quelques lieux et endroits que ce soit, maisons, métairies, droits et émolument des fiefs…, rentes, dixmes, terrages, …vignes, fuye et garenne, pré, bois,  terres labourables et non labourables et généralement tout ce qui en dépend et les dits appartenances de la dite maison de Lavoux Martin en la paroisse de Lavoux... »

En 1670, le domaine est vendu par adjudication au Sieur Nicolas Contesse, écuyer, correcteur en la chambre des comptes à Paris. Là encore, trois générations vont se succéder au manoir avec quelques déchirements.

Au travers de documents nous apprenons que le manoir de Lavoux-Martin possédait une chapelle dans une de ses tours. Nous trouverons même, trace de la célébration d'un mariage en cette chapelle.

En 1731, le manoir est vendu en viager par Marie Contesse, fille de Nicolas Contesse,  à Jacques Mayaud de Boislambert, déjà propriétaire du manoir du bourg de Lavoux. (Lien ci-dessous). Malgré l’état de délabrement que nous constatons dans divers documents, elle y demeurera jusqu’à son décès en 1748 à l’âge de 86 ans et sera inhumée dans l’église de Lavoux.

Dès 1760, contraint en raison de nombreuses dettes de vendre ses biens, Jacques Mayaud de Boislambert vend le manoir de Lavoux-Martin à Louis Laurence, marchand de draps et de soyes, ancien juge consul de la ville de Poitiers et demoiselle Radegonde Audinet son épouse. Le 3 juin de la même année une visite et estimation des réparations à faire au « Château de Lavaumartin »  est effectuée et nous en apprend davantage sur ce manoir. Le constat est édifiant que ce soit la description du manoir, du moulin, de la fuye, de la glacière, des dépendances, de la tuilerie et des métairies, tout est dans un état de délabrement avancé.

Cependant, les baux des métairies et tuileries seront renouvelés et le Sieur Laurence  « qui a mis une quantité considérable de pigeons dans ces deux fuyes : la fuye du manoir du bourg et la fuye du manoir de Lavoux-Martin… »  va devoir déposer plainte, pour abattage de ces derniers, à l'encontre de Louis Sabourin, métayer de Madame la Contesse d'Auxances et demeurant à la métairie des Chevaliers, paroisse de Lavoux. Le déroulement du procès témoigne du fonctionnement de la justice à cette époque.

15 ans plus tard, en 1775, Pierre Joseph Antoine Imbert de la Choltière, écuyer, trésorier de France époux de dame Marie Radegonde Ingrande, également propriétaire du manoir du bourg de Lavoux fait l’acquisition du manoir de Lavoux-Martin.

En 1778, il fait une demande auprès du Maître particulier des Eaux et Forêts du Poitou pour que lui soient accordées des provisions de garde des bois, pêche et chasse sur sa dite terre de seigneurie. Cette demande sera satisfaite. Cinq ans plus tard, en 1783 il adresse une requête afin d’obtenir le droit de chasser le lapin et le lièvre, seulement avec des bassets dans la forêt de Moulière. Cette autorisation lui sera accordée.

La révolution française arrive, Pierre Joseph Antoine Imbert de la Choltière émigre en 1792. (Voir lien dans l'encadré ci-dessus)

Sa fille, Marie Chantal Imbert de la Choltière rachète le domaine de Lavoux-Martin et épouse en 1798 Antoine Joseph César Delattre de Tassigny (arrière-arrière grand-père du Maréchal).

En 1825, Antoine Joseph César Delattre de Tassigny demande à bénéficier de la loi dite « Loi du milliard aux émigrés ». Cette loi prévoit d’indemniser, sous forme de rente,  les victimes de l’émigration sans restituer les biens que les acquéreurs ont acquis légalement. Il n'obtiendra pas satisfaction.

Tout comme pour le manoir du bourg de Lavoux nous assistons en 1838 à une dispersion du domaine de Lavoux-Martin : vente des ruines, des espaces environnants, des différentes métairies, de la tuilerie et du four à chaux de Lavoux-Martin.

Reconstitution du plan général du manoir de Lavoux-Martin

Plan du manoir de Lavoux-Martin et de ses dépendances à partir des documents étudiés (Mise au net : Max Aubrun)

Plan du manoir de Lavoux-Martin et de ses dépendances à partir des documents étudiés (Mise au net : Max Aubrun)

Pour conclure :

Nous vous invitons à découvrir l’histoire complète de ce manoir qui a traversé plusieurs siècles, de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle. Au travers de la vie des différents propriétaires vous découvrirez les modes de vie des différentes époques, leurs us  et coutumes et malgré le faste apparent du domaine, le destin souvent tragique de ces familles.

Son histoire complète est à découvrir dans le bulletin N. 54 de 2016, Le pays Chauvinois, de la Société de Recherches Archéologiques du Pays Chauvinois (S.R.A.C.). Ce dernier intègre deux articles écrits avec le soutien de la société par Chantal Popilus, déléguée des Amis du Patrimoine Lavousien.

- Le manoir disparu de Lavoux-Martin

- Les trois tuileries de Lavoux et leurs fours à chaux : leur histoire à travers leurs propriétaires et leurs tuiliers.

LE MANOIR DISPARU DE LAVOUX-MARTIN (LAVOUX, VIENNE)

que vous pouvez acquérir en suivant le lien ci-dessous ou en nous contactant par l’intermédiaire du blog.

Quelques références bibliograpiques : 

H. BEAUCHET-FILLEAU et Paul BEAUCHET-FILLEAU, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, tome 1er, 1891, (seconde édition entièrement refondue)

H. BEAUCHET-FILLEAU et Paul BEAUCHET-FILLEAU, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, tome 2ème, 1895.

H. BEAUCHET-FILLEAU, Dictionnaire historique, biographique et généalogique des familles de l’ancien Poitou, tome second, Poitiers, 1840-1854.

H. BEAUCHET-FILLEAU et feu Ch. De CHERGE, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, tome 3ème, 1905.

BELISAIRE LEDAIN, La gâtine historique et monumentale. Pris, imprimerie de Jules Claye, 1876.

 DE LONGUEMAR, Répertoire archéologique du département de la Vienne, Bulletin de la Société des antiquaires de l’ouest, tome 9, 1ère série, 1859-1861.

PETIT, Jean-Claude, Regard sur les colombiers, fuies et pigeonniers de la Vienne, Mémoire XXVI, 2005, Association des Publications Chauvinoises

REDET M. L., Dictionnaire topographique du département de la Vienne, Paris, Imprimerie Nationale, 1881. Revue Historique de l’Ouest, 12ème année, 1ère livraison, 1896, p. 343, (source Gallica)

ADV : Archives départementales de la Vienne

Réalisation : Chantal Popilus avec la participation d'Alain Georgel

Tout passe, tout est éphémère, les sublimes demeures comme les misérables masures, seul notre regard fait la différence.
Anonyme

Publié dans Les brèves d'histoire

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