LES TROIS TUILERIES DE LAVOUX (Vienne) ET LEURS FOURS À CHAUX : leur histoire au travers de leurs propriétaires et de leurs tuiliers.

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

Pays de pierre calcaire et de poches argileuses, la commune de Lavoux utilisera très tôt ces ressources pour installer des tuileries et fours à chaux. Plus éloignée de la forêt de Moulière que d’autres communes, telle Bignoux, la réformation des forêts du Poitou entre 1665 et 1667 ne l’obligera pas à la destruction de ces installations.

 

Dès 1662, une tuilerie est signalée dans la description dépendant du manoir de Lavoux-Martin : la tuilerie de Lavoux-Martin.

Cette tuilerie et son four à chaux n’était pas la seule de la commune. Deux autres tuileries se sont installées à Lavoux. Au XVIIIe siècle : la tuilerie de la Bourge dépendant du château du Bois-Doucet et au début du XIXe celle de Coudavid dépendant du château de Coudavid

Les trois tuileries de Lavoux (ADV, cadastre ancien)

Les trois tuileries de Lavoux (ADV, cadastre ancien)

Quelques étapes du travail des tuiliers

 

L’hiver, ils extrayaient la terre et préparaient les fagots  de brandes et de bois pour la cuisson. Aux beaux jours, ils préparaient la terre, moulaient les tuiles, les carreaux. Tout ceci séchait sous abri avant d'être installé dans le four. La cuisson durait plusieurs jours.

Moules à briques, à tuiles et 2 étapes de la fabrication d'une tuile (musee-tuileries-puycheny.boonzai.com)
Moules à briques, à tuiles et 2 étapes de la fabrication d'une tuile (musee-tuileries-puycheny.boonzai.com)
Moules à briques, à tuiles et 2 étapes de la fabrication d'une tuile (musee-tuileries-puycheny.boonzai.com)
Moules à briques, à tuiles et 2 étapes de la fabrication d'une tuile (musee-tuileries-puycheny.boonzai.com)

Moules à briques, à tuiles et 2 étapes de la fabrication d'une tuile (musee-tuileries-puycheny.boonzai.com)

La tuilerie de Lavoux-Martin

 

Sous l’ancien régime, elle change plusieurs fois de propriétaires. Le premier propriétaire connu est le Sieur Nicolas Contesse en 1662. Elle reste dans cette famille jusqu’en 1731, année de rachat par Jacques Mayaud de Boislambert. En 1760, elle devient la propriété du Sieur Louis Laurence et en 1775 du Sieur Imbert de la Choltière.

 

Saisis à la révolution, le domaine de Lavoux-Martin et sa tuilerie sont rachetés par sa fille, Marie-Chantal Imbert de la Choltière. Elle épouse Antoine Joseph César Delattre de Tassigny (arrière-arrière-grand-père du Maréchal).

 

Au cours de ces années nous trouvons des baux qui le plus souvent sont renouvelés à chaque changement de propriétaire et qui apportent des précisions quant aux multiples tâches effectuées, travaillant à la fois dans la métairie attenante et à la tuilerie :

 

  • récupération des matériaux nécessaires à la fabrication des tuiles dans des lieux précis
  • fabrication des tuiles ou des carreaux
  • utilisation des chauffes pour faire de la chaux
  • les cendres du four sont récupérées et doivent être mises dans les terres de la métairie attenante
Les différents lieux d'extraction des matériaux

Les différents lieux d'extraction des matériaux

Une fournée de cuisson est payée 25 francs en 1838 mais 12 francs sont retenus en cas de retard de fournées.

 Photographies : Ch. Popilus
 Photographies : Ch. Popilus
 Photographies : Ch. Popilus
 Photographies : Ch. Popilus

Photographies : Ch. Popilus

En 1841, la famille Delattre vend la tuilerie à Jean Duverger, tuilier. En 1844, il la revend à Louis Bellot, notaire à Saint Julien l’Ars. En 1868, la tuilerie est vendue à Auguste Chabanne, dit soit chaulier, soit tuilier. Son fils Charles prendra la suite et décède en 1912.

L’activité de la tuilerie semble alors arrêtée.

 

La tuilerie de la Bourge

 

La plus ancienne date trouvée actuellement témoignant de son existence est 1736, année où le curé de Lavoux baptise Jeanne, la fille de François Clément, tuilier à la Bourge…

 

En 1775, nous trouvons dans le rôle des tailles de la commune de Lavoux Pierre Boisseau et son fils Jean, tuiliers à la Bourge. Cette tuilerie est à cette date la propriété de René-Antoine Raity, marquis de Vittré, famille présente au Château du Bois Doucet dès 1635. Ceci peut nous laisser supposer que l’existence de cette tuilerie pourrait être antérieure à 1736.

 

Saisie à la révolution, la tuilerie sera rachetée en 1798 par Pierre Roy, dit « Cassandre ».

 

En 1803, les enfants de René Antoine de Raity rachètent le domaine et château du Bois Doucet qui comprend la tuilerie. 1808, cet ensemble est acheté par le général Hugues Alexandre Joseph Meunier.

 

De génération en génération, la tuilerie restera la propriété de cette même famille jusqu’à sa vente en 1983, soit 6 générations durant 175 ans.

 

Les baux de cette tuilerie ne sont que des baux oraux, c’est donc essentiellement à partir du recensement de la commune de Lavoux que nous découvrons ses tuiliers.

 

En 1853, la tuilerie est louée à Louis Bellot, (celui qui a acheté en 1844 la tuilerie de Lavoux-Martin). En 1856, la tuilerie fonctionne avec la famille Secouet. Suite au décès de Sylvain Secouet en 1869, c’est son épouse, leurs deux fils, Louis et Maurice et un ouvrier Juste Lusseau qui la font fonctionner. En 1876, Marie Maître épouse Juste Lusseau et Maurice part travailler à la tuilerie de Coudavid.

 

A partir de 1891 la famille Sabourin exploitera la tuilerie de père en fils. En 1936, Alexandre, dit « Le père Sabourin » travaille à la Bourge (il est dit « chaufournier ») avec ses deux fils : André dit « Oustric » et René. Ils seront les derniers ouvriers de la tuilerie.

Le tuilier, dit "Le père Sabourin" devant sa maison à la Bourge. (coll. Mme Gely)

Le tuilier, dit "Le père Sabourin" devant sa maison à la Bourge. (coll. Mme Gely)

La Bourge : une des photos des ouvriers au travail. (coll. Mme Gelly)

La Bourge : une des photos des ouvriers au travail. (coll. Mme Gelly)

La tuilerie de Coudavid

 

Coudavid est un hameau situé sur les communes de Saint Julien l’Ars et de Lavoux. La tuilerie était située sur la commune de Lavoux.

Sous l’ancien régime, les métairies et borderies de Coudavid dépendaient du Château du Bois Doucet. Confisquées à la révolution, elles sont rachetées en 1796 par Pierre et Barthélémy Favre.

1799 : Pierre Drault, marchand et son épouse Louise Ribereau achètent ces métairies et borderies. Il faudra attendre 1820 pour voir apparaître la tuilerie sur le cadastre napoléonien (elle ne figure pas sur la plan de masse des cultures de 1807).

Nous pouvons donc attribuer sa construction au tout début du XIXe siècle et à Pierre Drault et son épouse.

1824, année du décès de Pierre Drault. Son fils Alexis Sylvain, avocat et homme politique en assurera la gestion. En 1840, il fait construire le château de Coudavid, en face de la tuilerie mais sur la commune de Saint Julien l’Ars. Il décède en 1848. (Une rue de Poitiers porte son nom).

En 1850, son fils Auguste Drault devient propriétaire de la tuilerie. En 1851, un bail de 12 années est fait à Sylvain Chabanne et son fils Jean. Il fournira un lot de 1000 tuiles pour la reconstruction de l’église de Lavoux. (Sylvain et le fils d’Auguste Chabanne qui achètera en 1868  la tuilerie de Lavoux-Martin).

En 1900, la tuilerie est vendue à Théodore Raymond Bourguin, éditeur à Paris. Nous retrouvons alors, travaillant à Coudavid, la famille Secouet de la Bourge. François Secouet sera le dernier tuilier de Coudavid, les membres de cette famille sont ensuite recensés « agriculteur ».

L'ancien séchoir de Coudavid aujourd'hui disparu.

L'ancien séchoir de Coudavid aujourd'hui disparu.

Les migrations à Lavoux de tuiliers de Corrèze et de Haute-Vienne

 

Dès la fin du XVIIe siècle, Jean Charneuve dit « Chabrelon », tuilier et son frère Pierre, nés en Corrèze à Boisseaux viennent travailler à Lavoux et épouseront deux sœurs du village, Jeanne et Madeleine Caillaud.

Début XXe, 4 tuiliers viennent de la Haute-Vienne et 2 viennent de Corrèze.

Ce phénomène n’est pas propre à Lavoux et a été observé par plusieurs auteurs notamment André Merlier en 1934 et Jean-Pierre Larivière en 1971.

 

Itinérance des tuiliers, leurs lignées et les liens entre les différentes tuileries

 

En 1731, François Clément est tuilier à la Focquetière (Liniers), en 1736, il est à la fois tuilier à la Bourge et maçon à Liniers.

En 1763, André Lignac travaille en même temps à la tuilerie de Lavoux-Martin et à celle de Lirec (Bignoux).

En 1841, Jean Duverger achète la tuilerie de Lavoux-Martin et en 1843 contracte un bail pour celle de Coudavid.

En 1844, M. Bellot achète la tuilerie de Lavoux-Martin et loue celle de la Bourge en 1853.

En 1851, Sylvain Chabanne et son fils Jean contractent un bail pour la tuilerie de la Coudavid et en 1868, Auguste Chabanne achète la tuilerie de Lavoux-Martin.

On observe ainsi que trois grandes familles de tuiliers ont rythmé l’activité des tuileries de la commune de Lavoux : les « Chabanne », les « Sabourin » et les « Secouet ». La famille Secouet étant celle qui a compté le plus de tuiliers.

 

Conclusion

 

Nous pouvons dire que la mécanisation et l’arrivée d’autres moyens de combustion ont participé progressivement à faire disparaître une grande partie des tuileries artisanales, telles celles de Lavoux. On en recense encore une soixantaine en France travaillant essentiellement pour des travaux de restauration.
Le métier de tuilier figure aujourd’hui dans la liste des métiers d’art du bâtiment, ainsi nous pouvons espérer qu’il ne devrait pas venir allonger la liste des métiers disparus.

 

Pour en savoir plus...

 

Nous vous invitons à découvrir l'histoire complète de ces trois tuileries, de leurs propriétaires, de leurs tuiliers ainsi que de nombreuses cartes et illustrations dans le bulletin N. 54 de 2016, Le Pays Chauvinois, de la Société de Recherches Archéologiques du Pays Chauvinois (S.R.A.C.). 

Vous pouvez l'acquérir en suivant le lien ci-dessous :

Quelques éléments bibliographiques :

Aubrun (M.) et Richard (C.), in Industries disparues du Pays Chauvinois, Société Archéologique du Pays Chauvinois, 1980.

Fritsch (J.P.) Fabrication des briques et tuiles. Librairie générale scientifique et industrielle, Paris, 1924, 519 p.

Archives départementales de la Vienne : recensement, cadastre...

"De terre et de feu", un film de Pierre Saunier. Atelier-Musée de la Terre, Tuileries de Puycheny, 87800, St-Hilaire-les-Places.

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Rédaction :

Chantal Popilus avec la collaboration d'Alain Georgel, Les Amis du Patrimoine Lavousien

Témoignons de gestes et de savoir-faire. Il est urgent de replacer l'humain au coeur du métier. Pour que l'âme des métiers ne disparaisse pas
Anne-Françoise Cannella

Publié dans Les brèves d'histoire

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