LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

Comme dans toutes les communes du canton, à Lavoux se dresse un monument aux morts érigé en hommage aux habitants de notre commune morts au combat.

Dès 1916, le conseil municipal de Lavoux provisionne une somme de 750 francs en vue de sa construction.

Le 25 octobre 1919 est signée une loi relative « à la commémoration et à la glorification des morts pour la France de la grande guerre ». Cette loi fixera les conditions de leur érection. En voici le texte :

LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

L’année 1920 sera décisive, le conseil municipal de la commune se réunira plusieurs fois pour mener à bien le projet et toutes les démarches nécessaires à la construction du monument aux morts.

Dès le mois de mars, un devis estimatif est fait :

LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

 

Un dossier avec plan du monument avec l’inscription suivante : « Lavoux, à ses enfants morts pour la France ».

L’emplacement défini, le monument aux morts sera érigé sur la place publique, juste devant la mairie. (Nous le verrons plus loin, le réaménagement des voies de circulation a imposé plus tard, son déplacement)

LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

La somme de 750 francs provisionnée plus tôt, n’étant pas suffisante, une souscription auprès des habitants sera organisée, elle rapportera 1 565,75 francs. Pour compléter cette somme, le maire sera autorisé à prendre sur les dépenses imprévues la somme de 400,00 francs et une subvention de 383,55 francs sera demandée à Monsieur le Préfet pour « boucler » le dossier.

Un comité de quatre membres sera désigné pour gérer l’érection du monument.

Ce comité  sera composé de  Monsieur Fleurant (président du comité), chargé de la gestion des fonds  destinés au règlement des travaux et de Messieurs Guibert, Popineau et Lebon.

Un courrier de la préfecture de la Vienne adressé à Monsieur le Maire  en date du 4 août 1921 lui demande de compléter la dernière délibération du conseil municipal « par l’engagement qu’il ne sera apposé sur le monument aucun signe ou emblème religieux ».

Par décret du 8 novembre 1921 la commune de Lavoux sera autorisée à ériger  « un monument à la mémoire des enfants de la commune Morts pour la France ».

Cette autorisation sera suivie de la mise en place  d’une commission chargée d’examiner le projet.

LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

Le projet autorisé et examiné, le monument sera construit. Il s’agit d’un obélisque se terminant en pointe de diamant réalisé dans la pierre à grains de Lavoux.

 Il est orné :

- d’une palme en métal, élément symbolique dont Marie Claire Chaboisseau dans son ouvrage « Les monuments aux morts de la Grande Guerre en pays chauvinois » (1) nous précise le sens : Dans l’Antiquité, la palme traditionnellement remise aux héros ayant accompli un exploit inégalé est devenue l’attribut des chrétiens ayant subi le martyre pour leur foi pendant les persécutions romaines. Ce symbole assume ainsi le double sens du triomphe et du sacrifice. La palme se caractérise par un faisceau de longues et  fines feuilles dont quelques-unes sont parfois repliées. Elle entre dans la composition de la plupart des trophées sculptés, mais parfois elle est représentée seule. Le rameau d’olivier et la palme, plantes exotiques pour notre région, sont devenus des symboles familiers grâce à l’héritage chrétien avant d’être laïcisés par la ferveur populaire. »

-  d'un rameau de chêne symbolisant la puissance et la victoire.

 

La palme du monument aux morts

La palme du monument aux morts

Gravés sur une plaque de marbre les noms des 40 lavousiens décédés lors de la guerre de 14-18. Ce nombre de victimes représente environ 35 % des hommes de la commune, pour la tranche d’âge de 20 à 39 ans, calcul effectué à partir des chiffres du recensement de 1911. Ce pourcentage impressionnant, d’environ 1 homme sur 3 qui de plus ne prend pas en compte les blessés, nous explique à lui seul le désarroi dans lequel devaient être de nombreuses familles

Diaporama des noms des morts de la commune de Lavoux en 14-18
Diaporama des noms des morts de la commune de Lavoux en 14-18
Diaporama des noms des morts de la commune de Lavoux en 14-18
Diaporama des noms des morts de la commune de Lavoux en 14-18

Diaporama des noms des morts de la commune de Lavoux en 14-18

 

Ces noms égrenés  sur ces quatre plaques de marbres s’accompagnent d’un hommage général  :

LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

Si nous regardons  de plus près cette plaque, nous constatons qu’elle a été apposée sur la gravure ci-dessus, faite directement dans la pierre dont nous avons retrouvé  le contenu. En effet, la plaque ne recouvre pas totalement la gravure et quelques parties de lettres sont visibles en bordure.

LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

Le message en est d’ailleurs un peu différent. De « Lavoux à ses enfants morts pour la patrie » nous passons à « La commune de Lavoux reconnaissante à ses enfants morts pour la France, 1914-1918 « 

A quelle date cette gravure a-t-elle été dissimulée ? Aujourd’hui, nous ne le savons pas. Les cartes postales anciennes que nous possédons du monument nous montrent que ces plaques de marbre étaient déjà scellées lors de leur prise de vue.  C’est donc avant son déplacement qu’elles furent scéllées

Le monument aux morts à son emplacement premier

Le monument aux morts à son emplacement premier

Derrière le monument aux morts nous apercevons la boulangerie (détruite par un incendie en juin 1954, le jour de la Saint Jean !) et le bureau de poste qui lui fonctionna à ce même emplacement jusqu’en 2007. A cette date, il fut remplacé par un « point poste » à l’épicerie « Coop » puis transféré au bar – tabac – presse « La Bergerie ».

Inauguré en 1920, le monument aux morts nécessita dès 1922 quelques réparations :

En juillet 1922, le conseil municipal constatant « que la circulation des charrettes à proximité du monument aux morts a causé des dégâts, considère qu’il est urgent de faire établir une bordure de trottoirs autour ». Ces travaux seront confiés à Monsieur Granseigne pour la maçonnerie et à Monsieur Fleurant, maréchal pour les travaux de serrurerie.

Lors du conseil municipal du 23 septembre 1928, « Monsieur Brissonnet, maire donne lecture d’une demande d’un groupe d’habitants tendant à autoriser la bénédiction du monument aux morts à l’occasion du baptême des cloches. Après échange de vue, on passe au vote. Le dépouillement donne 7 bulletins contre, 2 pour et 3 blancs.

Il n’y a donc pas lieu d’accorder l’autorisation sollicitée.

La seconde guerre de 1939-1945 apporta elle aussi son lot de tristesse puisque plusieurs des citoyens de la commune trouvèrent la mort lors du conflit.

C’est ainsi que d’autres plaques complèteront la liste des morts pour la patrie :

A la mémoire des morts de 39-45.

A la mémoire des morts de 39-45.

Suite de 39-45 et à la mémoire du soldat décédé en Indochine

Suite de 39-45 et à la mémoire du soldat décédé en Indochine

Le 2 juin 1935, le conseil municipal de Lavoux décide "de prélever 10 francs sur l'imprévu pour la souscription en faveur de l'érection d'un monument National à la mémoire des militaires de la gendarmerie et des gardes républicains morts pour la patrie".

Ce monument est édifié, Place de la Loi à Versailles, 78000.

Le cahier des charges nous révèle que : "L'ensemble du monument sera établi en pierre blanche dure non gélive, de premier choix, de Chauvigny. Il en sera déposé un échantillon entre les mains du Président Général." La pierre sera fournie par la Société Civet Pommier et Cie.

Le monument national à la gloire de la gendarmerie

Le monument national à la gloire de la gendarmerie

En 1945, pour fêter la libération, Madame Rageau et Monsieur Witember, instituteurs à Lavoux  organisent avec quelques-uns de leurs élèves une manifestation devant le monument aux morts de Lavoux en l’honneur des FFI de la commune et pour fêter la libération de la France.

Pour perpétuer ce souvenir, cette photo a été par la suite distribuée à tous les enfants de l'école par les enseignants.

 

Les élèves de Lavoux avec leurs instituteurs honorent la libération

Les élèves de Lavoux avec leurs instituteurs honorent la libération

Quelques années plus tard, le 22 mai 1948, le conseil municipal de Lavoux prendra la décision suivante :

« Le conseil décide d’accorder une somme de 500 francs pour l’érection d’un monument à la mémoire des agents du réseau Louis Renard.
Ces crédits seront pris à l’imprévu, chapitre 12, article 1er du budget communal de 1949 »

 

Monument en hommage aux morts du réseau Renard, cimetière de Chilvert, Poitiers

Monument en hommage aux morts du réseau Renard, cimetière de Chilvert, Poitiers

Au travers de procès-verbaux des délibérations du conseil municipal de Lavoux nous sont relatés les faits suivants : « Dans la nuit du 10 au 11 mai 1970, après le banquet des conscrits, plusieurs d’entre eux se sont introduits dans l’enceinte du monument du Morts protégé par une grille et ont brisé une plaque sur laquelle figure le nom des victimes de la guerre de 1939-1945.

Ayant été avisé de ces faits, Monsieur Pouvreau, maire dit avoir rencontré avec le garde-champêtre tous les jeunes présents à ce banquet et avoir décidé ce qui suit :

  • la plaque brisée sera remplacée à leur frais
  • pour ce non-respect des lieux, ils verseront une somme de 300 francs au profit des œuvres sociales
  • quand la plaque sera réparée, elle sera posée par leurs soins à son emplacement ainsi qu’une gerbe au pied du monument aux morts

Monsieur le Maire précise que s’il avait déposé plainte auprès des autorités compétentes, la peine encourue aurait été de 1 à 3 mois de prison ferme et d’une amende de 500 à 2000 francs. Il estime que la solution qu’il a  adoptée doit être une leçon pour tous les jeunes et qu’elle n’entachera pas leur avenir. A l’unanimité les conseillers municipaux approuvent l’attitude du Maire.

En 1991, la commune a connu un certain développement, les voies de communication sont devenues inadaptées aux besoins de la population, l’installation du tout-à-l’égout est devenue indispensable. La commune décide donc une reconfiguration totale du centre bourg. Ceci nécessite le déplacement du monument aux morts, là où nous pouvons le voir aujourd’hui :

LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

 

Toujours devant une boulangerie, pas la même, l’actuelle. Précédemment entouré de grilles le monument aux morts est maintenant  délimité par quatre bornes reliées par une chaîne.

En décembre 1991, « le petit lavousien », journal de la commune  raconte en quelques lignes, les étapes du déplacement du monument aux morts, déplacement qui a suscité de vifs débats dans la population.

La section des Anciens Combattants de Lavoux réunie pour examiner le projet de restructuration du bourg de la commune qui implique le déplacement du monument aux morts des deux guerres par :

- 9 voix contre et 3 voix pour, sous réserve que la stèle soit replacée à la place d'honneur qui lui convient.

"A la suite de ce vote la majorité propose, de laisser le monument en place en diminuant l'entourage et d'élargir la route venant de Jardres jusqu'à l'église."

Le petit Lavousien de décembre 1991

Le petit Lavousien de décembre 1991

Un an plus tard, « le petit lavousien » dans son numéro de décembre 1992 nous relate le déroulement de la cérémonie d’inauguration qui a eu lieu en octobre 1992 :

Le petit Lavousien de décembre 1992.

Le petit Lavousien de décembre 1992.

Cette cérémonie fut filmée par le service audiovisuel du 20ème RA de Poitiers. Nous possédons une tirage de ce film de 45 minutes qui restera un témoignage de cette cérémonie. En voici quelques photographies :

LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS
LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS
LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS
LE MONUMENT AUX MORTS DE LAVOUX : HISTOIRE ET EVENEMENTS

Si ces monuments aux morts font partie intégrante de notre quotidien, nous pouvons cependant passer devant sans les voir. Ils sont pourtant des témoignages de notre histoire.

Chaque année plusieurs cérémonies commémorant la mémoire des faits d’armes des grands hommes, des combattants et le sacrifice des victimes civiles ou militaires des guerres ont lieu au pied des monuments aux morts.

Onze journées nationales annuelles ont été instituées par des textes législatifs ou règlementaires.

Les 3 cérémonies les plus pratiquées sont :

 - La commémoration de l’Armistice du 11 novembre 1918 et l’hommage rendu à tous les morts pour la France, le 11 novembre

- La commémoration de la victoire du 8 mai 1945, le 8 mai.

- La journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc, le 19 mars.

 

Ces trois cérémonies ont lieu tous les ans à Lavoux.

 

Comme en 2002…..

Journée du souvenir à Lavoux, photo de J.M. Groussin

Journée du souvenir à Lavoux, photo de J.M. Groussin

Notons que l’église honore également, les morts de la commune au travers de plusieurs plaques commémoratives apposées au mur Sud de l’église Saint Martin.

Plaque de l'église Saint-Martin de Lavoux en hommage aux morts de 14-18.

Plaque de l'église Saint-Martin de Lavoux en hommage aux morts de 14-18.

Plaque de l'église Saint-Martin de Lavoux en hommage aux morts de 39-45.

Plaque de l'église Saint-Martin de Lavoux en hommage aux morts de 39-45.

Plaque de l'église Saint-Martin de Lavoux en hommage au soldat décédé en Indochine.

Plaque de l'église Saint-Martin de Lavoux en hommage au soldat décédé en Indochine.

Plaque de l'église Saint-Martin de Lavoux en hommage aux veuves et orphelins de la commune.

Plaque de l'église Saint-Martin de Lavoux en hommage aux veuves et orphelins de la commune.

Rédacton : pour l'APL, Chantal Popilus

Participation : Alain Georgel et Robert Granseigne

Sources :

- Archives de délibérations du conseil municipal de Lavoux (Mairie)

- Archives départementales de la Vienne, 9 T 87

- Maire-Claire Chaboisseau, Les monuments aux morts de la Grande guerre en pays chauvinois, Mémoria monuments, n. 34, 2013, SRAC.

Photos :

APL avec l'aide de quelques lavousiens

Le souvenir, c'est la présence invisible"
Victor Hugo

Publié dans Le petit patrimoine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article