DES CAVALIERS DE LAVOUX À L’EGLISE SAINT-PAUL DE POITIERS : UNE AVENTURE COLLECTIVE

Publié le par Les Amis du Patrimoine Lavousien

L’église Saint-Paul de Poitiers est le fruit d’un immense mouvement solidaire. Elle se situe au 174 de la rue du Faubourg du Pont-Neuf.

L'église Saint-Paul, Poitiers

L'église Saint-Paul, Poitiers

A la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1950, le Faubourg du Pont-Neuf est composé de quelques fermes, commerces et artisans. Les habitants du faubourg sont partagés entre deux paroisses. La rue du Faubourg du Pont Neuf divise ce quartier, côté des Dunes et du Dolmen, les habitants sont rattachés à la paroisse Sainte-Radegonde et du côté opposé ils sont rattachés à la Cathédrale.

Jean Goupy, sculpteur et tailleur de pierre, habitant du quartier se rend en 1952 à un office à la Cathédrale de Poitiers.

Jean Goupy (à droite) dans son atelier.

Jean Goupy (à droite) dans son atelier.

Il eut alors l’idée de faire venir dans une salle prêtée par le « café des Sports » (actuel Palais de la Bière), un missionnaire, pour y tenir un office. La proximité du lieu pour les habitants du quartier, fit que l’assemblée fut nombreuse. Devant l’enthousiasme des paroissiens, ce missionnaire reste alors huit jours, et à chaque fois la participation des fidèles est de plus en plus importante.

Cette situation amène le  missionnaire à suggérer à Jean Goupy de demander à Monseigneur Edouard Mesguen, évêque de Poitiers, l’autorisation de construire une église dans le quartier. Cette autorisation est accordée à condition que sa construction ne coûte rien au diocèse.

 

Sa mise en œuvre

Un terrain est trouvé dans le quartier : l’ancienne fromagerie appartenant à Madame Charpentier, veuve du fromager, qui accepte d’être payée plus tard. Madeleine Ursault, petite-fille du fromager nous rappelle dans un texte écrit pour les 50 ans de l’église Saint-Paul (ADV, 11 J 207), « la fromagerie créée par mon grand-père, affineur de fromages de chèvre, la fine fleur du terroir, le chabichou ».

Madeleine Ursault est à cette date en école d’architecture. Son père, André Ursault, architecte, travaille régulièrement avec Jean Goupy, initiateur du projet de construction de l’église. Il suggère que sa fille Madeleine réalise sa thèse de fin d’études sur le projet de construction de cette église, ce qui sera fait.

Madeleine Ursault (ADV, 11 J 207) s’interroge alors : « Quelle forme donner à cette église, sans perdre de terrain ni de temps ? Pas n’importe quoi tout de même. Une forme accueillante et ouverte à la lumière ! Très vite s’impose le Pentagone : forme mythique, symbole d’équilibre, de stabilité, en son cercle de construction. Pour moi les autres figures inscrites dans le Cercle, hexagone, octogone, tournent comme des toupies sur le vide,comme suivant le ying et le yang ! Ce pentagone s’inscrivait lui, comme inné, dans le terrain, depuis la limite Nord-Nord-Est de ce terrain.

De plus, cette figure évoque le Sacré, avec ses 5 côtés et apothèmes dérivés de  V5, nombre irrationnel, racine impossible à extraire exactement comme d’essence spirituelle.

D’ailleurs le Nombre d’Or, qui détermine les proportions du corps humain, comme celles des pyramides ou des temples grecs, réputés parfaits, comporte la même base, V5. Il s’imposait pour pénétrer dans le pentagone, et fut donc choisi et décliné sur la façade d’entrée, pour répartir les pleins et les vides et déterminer leurs surfaces. »

Plan de l'église Saint-Paul

Plan de l'église Saint-Paul

Pour récolter les fonds nécessaires Jean Goupy créé une association « Les Amis de Saint-Paul de Poitiers », dont la déclaration est faite le 10 février 1953. Elle est au départ composée de 12 membres.

Son but : « concourir par tous les moyens appropriés à la construction et à l’aménagement de l’église Saint-Paul et des locaux annexes qui seront jugés indispensables au bon fonctionnement de la nouvelle paroisse ».

Liste des membres de l'association (ADV, 1316 W 43)

Liste des membres de l'association (ADV, 1316 W 43)

Commence alors la récolte des fonds, au travers de diverses activités dans le quartier, théâtre, kermesses, marchés... Les produits vendus, fournis gratuitement par les habitants du quartier ont permis très vite de recueillir la somme nécessaire à  l’achat du terrain.

 

Sa réalisation

Jean Goupy connaît bien les carrières de Lavoux dont il utilise la pierre pour de nombreux travaux ainsi que le directeur des carrières « Civet-Pommier »

La cantine Civet-Pommier à Lavoux.

La cantine Civet-Pommier à Lavoux.

C’est ainsi, qu’aidé de bénévoles du quartier, il fait la navette entre les carrières de Lavoux, mais aussi de Tercé et Chauvigny pour apporter les pierres sélectionnées sur le chantier de construction de l’église, là ou elles seront taillées. Marie-Thérèse Fleury, fille de Jean Goupy, nous raconte comment son père regardait avec attention le grain des pierres, pour ne prendre que les pierres de qualité appropriée à la construction.

Arrivée de blocs de pierre sur le chantier de l'église.

Arrivée de blocs de pierre sur le chantier de l'église.

Également professeur à l’école des Beaux arts de Poitiers, Jean Goupy va initier les volontaires à la taille de pierre.

La première pierre, taillée par Pierre Goupy (fils de Jean Goupy) est posée le 28 juin 1954 et bénite par Monseigneur Vion.

La Nouvelle République du 29 juin 1954.

La Nouvelle République du 29 juin 1954.

La plaque située à l'intérieur de l'église.

La plaque située à l'intérieur de l'église.

Les habitants du quartier feront eux-mêmes les fondations et la base des murs jusqu’aux vitraux. La suite du travail sera confiée à l’entreprise Ménaldo. Nous pouvons voir sur la photo ci-dessous la limite au niveau des vitraux qui sépare le travail des habitants et le travail de l’entreprise :

Vue arrière de l'église Saint-Paul.

Vue arrière de l'église Saint-Paul.

Les vitraux quant à eux seront réalisés en 1956 par Gabriel Loire, maître-verrier à Chartres. Il s’agit de vitraux en dalle de verre. Ils sont composés de 41 baies et représentent une surface de 67 m2.

Les vitraux : 4 photos
Les vitraux : 4 photos
Les vitraux : 4 photos
Les vitraux : 4 photos

Les vitraux : 4 photos

Terminée après cinq années de travaux réalisés en très grande partie par les habitants du quartier, l’église est bénie par Monseigneur Vion, le 28 octobre 1956. Nous trouvons le récit de cette bénédiction dans « La Nouvelle République » du 29 octobre 1956.

La Nouvelle République du 29 octobre 1956

La Nouvelle République du 29 octobre 1956

Conclusion

On ne peut s’empêcher  au regard de cette expérience de faire le lien avec « Les castors de Buxerolles ». Le chantier est certes moins ambitieux, on pourrait cependant penser que les « Castors » démarrés un peu plus tôt ont inspiré cette démarche.

Et puis, nous sommes quelques années après la fin de la guerre, un dynamisme renaît. Il se traduit là aussi par une très grande solidarité, ensemble hommes et femmes sont capables de réalisations remarquables.

 

Toutes les photos anciennes sont publiées avec l’autorisation de Marie-Thérèse Fleury (fille de Jean Goupy) qui a été interviewée pour la réalisation de cet article.

Réalisation : Chantal Popilus et la participation de Marie-Thérèse Fleury.

Bibliographie : Archives départementales de la Vienne (dossiers cités). La Nouvelle République du 14 octobre 2016, du 29 octobre 1956, du 29 juin 1954. Poitiers Mag, n.229, octobre 2015, p. 34.

J. Asselin, P. Bernard, A. Dupont, André Sapin, Michel Sapin, La cité des Castors de Buxerolles (Vienne) : Un bel exemple de solidarité. Association des Publications Chauvinoises, dossier 13, 2013.

Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l'entraide et la solidarité visant à un but commun : l'épanouissement de chacun dans le respect des différences.
Françoise Dolto

Publié dans Les carrières

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